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  • Les solanacées vireuses
Les solanacées sont une famille de plantes appartenant à l'ordre des Solanales, caractérisée par une grande homogénéité de caractères, notamment anatomiques et biochimiques. Cette famille, comportant plus de 2 500 espèces dont un grand nombre produisent des alcaloïdes, est répandue dans les régions chaudes et tempérées. Certaines espèces sont utilisées dans l'alimentation humaine (pomme de terre, tomate, aubergine, piments) tandis que d'autres, particulièrement les Solanacées vireuses (jusquiame, belladone, datura, mandragore), mais aussi le tabac, ont été utilisées depuis des siècles pour leurs propriétés psychotropes. Elles les doivent à leur contenu en alcaloïdes, atropine, hyoscyamine et scopolamine chez les Solanacées vireuses, nicotine chez le tabac.
Bien que les espèces alimentaires contiennent aussi des alcaloïdes dans les feuilles, les tiges et les racines, les parties comestibles (tubercule de la pomme de terre, fruits des tomates, aubergines et piments) en sont dépourvues.

Morelle noire
(une solanacée commune)
  • Belladone
La belladone, Atropa belladona, est une plante herbacée à souche vivace des régions tempérées. Ses fleurs sont jaunes ou brun pourpre, en forme de clochette. Ses fruits, très toxiques, sont des baies, de couleur noire violacée, de un à deux centimètres de diamètre. Comme les deux autres Solanacées vireuses la Belladone contient de l’atropine, de l'hyoscyamine et de la scopolamine, alcaloïdes abondants dans les feuilles et les racines, mais elle est particulièrement riche en atropine et lui doit son nom et ses propriétés parasympatholytiques (c'est à dire qui s'opposent à l'action du système nerveux parasympathique).
 



Belladone
  • Jusquiame
La jusquiame, Hyoscyamus niger, est une plante plante rudérale herbacée commune en Europe. Les fleurs regroupées à l'extrémité de la tige sont de couleur jaune pâle veiné de pourpre. Le fruit est une capsule s'ouvrant à maturité par une sorte d'opercule circulaire. Comme les deux autres solanacées vireuses la jusquiame est riche en atropine, hyoscyamine et scopolamine. Elle est connue et utilisée depuis la plus haute antiquité comme un poison violent. Elle est notamment mentionnée dans le papyrus d'Ebers qui date de 1 500 ans avant notre ère et Avicenne en a décrit les effets hallucinogènes. Elle était utilisée au même titre que les autres Solanacées vireuses par les sorcières du Moyen Âge pour préparer les breuvages et les pommades qui les emmenaient au sabbat. 



Fleurs de jusquiame
  • Datura
De nombreuses espèces de Solanacées appartiennent au genre Datura. Elles sont répandues dans l'ancien et le nouveau monde dans les zones chaudes et tempérées (D. stramonium, D.metel, D.ferox, D.inoxia, etc.). Les daturas sont des plantes herbacées ou des arbustes. Ils ont des fleurs en forme de trompette qui se transforment lors de la fructification en capsules recouvertes de piquants. À maturité, les graines réniformes, longues de quelques millimètres, s'échappent des capsules. Comme les autres solanacées vireuses les daturas contiennent de l'atropine, de l'hyoscyamine et de la scopolamine. Toutes les parties de la plante, y compris les graines en contiennent. 
Diverses espèces sont utilisées depuis des temps immémoriaux pour leurs propriétés psychotropes. Dans l'Ancien monde, Datura metel constituait une plante sacrée associée aux rituels religieux de la Chine et de l'Inde et était connu également dans la Grèce antique. Une autre espèce, D.ferox, était utilisée comme plante médicinale et comme hallucinogène en Afrique. D'autres espèces, ainsi que le genre proche Brugmensia, étaient utilisées de la même façon en Amérique où son usage se poursuit aujourd'hui chez certaines tribus indiennes du Mexique. Le datura et les autres solanacées constituaient également un des principaux ingrédients des potions et des baumes destinés à emmener au sabbat les sorcières du Moyen Âge dont plusieurs recettes sont parvenues jusqu'à nous. 
La poudre de datura a également été utilisée au dix huitième siècle par une bande de bandits parisiens appelée Les endormeurs : ils offraient à leur future victime une prise de tabac mélangée à de la poudre de datura et profitaient de l'inconscience et de l'amnésie qui en résultaient pour la détrousser. Le même type de scénario est mis en œuvre en Colombie depuis les années 1970. Des bandes de délinquants extraient les alcaloïdes de Datura arborea (Brugmansia arborea), surnommé par les Espagnols du dix-septième siècle l'"arbre qui rend fou" et appelé aujourd'hui "borrachero" (qui enivre), et les administrent dans une boisson ou de la nourriture à des personnes dans le but de les détrousser. La scopolamine contenue dans ce poison fait perdre la volonté et la mémoire des faits postérieurs à la prise (amnésie antérograde). La soumission de la victime permet aux délinquants de la dépouiller en toute tranquillité tandis que l'amnésie assure leur impunité.
Dans les usages rituels, différentes parties de la plante sont utilisées selon les régions du monde. Il s'agit le plus souvent des graines et des feuilles. Les diverses préparations sont mangées, parfois fumées. Quelque vingt à trente minutes après l'ingestion, les premiers effets se traduisent par une sorte de lassitude physique et d'hébétude parfois entrecoupée de pertes de conscience. Des épisodes hallucinatoires apparaissent périodiquement et sont suivis de phases de sommeil profond. Les effets peuvent se poursuivre de plusieurs heures à deux ou trois jours selon la dose ingérée. 

Fleur de Datura
 


Capsule de datura
 
 


Graines de datura

  • Effets psychoactifs
Les hallucinations provoquées par l'ingestion de Solanacées diffèrent de celles provoquées par les hallucinogènes indoliques ou amphétaminiques. Contrairement à ces derniers qui produisent des visions sans cesse en mouvement de formes géométriques colorées et fourmillantes dont le sujet a généralement conscience du caractère hallucinatoire (effet psychédélique), les solanacées provoquent des hallucinations comportant des personnages familiers mais aussi des environnements souvent terrifiants dont rien ne laisse penser au sujet qu'elles sont irréelles. Alternant avec des phases de totale perte de conscience, le comportement induit peut conduire à de graves accidents et le déclenchement de psychoses n'est pas rare. Elles peuvent être temporaires, mais aussi parfois, irréversibles.



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