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Un usage ancien

L'usage du peyotl remonte à au moins trois mille ans comme en atteste la découverte de stocks du cactus, vraisemblablement destinés à la consommation rituelle, dans des grottes du Texas habitées il y a 3 000 ans. Au moment de la conquête espagnole, il était utilisé par plusieurs tribus indiennes, les Tarahumaras, les Chichimèques, les Huichols, etc.. Son usage chez les Chichimèques fut décrit pour la première fois par le chroniqueur espagnol Bernardino de Sahagun, qui estimait l'âge de cette pratique à 1 800 ans. En 1620, son usage fut interdit par les autorités coloniales parce qu'il constituait un rite païen mais il persista néanmoins clandestinement jusqu'à notre époque. 
À la fin du dix-neuvième siècle, l'usage rituel du peyotl gagna d'autres tribus indiennes habitant les USA. Pour obtenir le droit de consommer le cactus, les tribus indiennes des USA rédigèrent une charte définissant une nouvelle église dont la religion constitue une sorte de syncrétisme liant christianisme et peyotl. Cette église, la Native american church of north America (NACNA) enregistrée en 1918, a aujourd'hui le même statut que les autres églises aux USA. Alors qu'elle comptait une dizaine de milliers de membres en 1920, elle en revendique aujourd'hui 250 000. Malgré sa qualification de stupéfiant placé sous contrôle international, l'usage religieux du peyotl dans le cadre de la NACNA est resté toléré jusqu'en 1990, date à laquelle la Cour suprême des États-Unis supprima ce régime spécial. 
 


La cérémonie du peyotl
chez les Sioux
  • L’étude scientifique du peyotl
La première description écrite des effets hallucinogènes du peyotl fut faite en 1896 par S. Weir Mitchell, un médecin de Philadelphie (USA), qui procura également du peyotl au philosophe américain William James et au psychologue anglais Henri Havelock Ellis. Ce dernier, qualifiant le peyotl de nouveau paradis artificiel, publia à son tour une description de ses hallucinations visuelles. 
C'est Louis Lewin, un des pionniers de la psychopharmacologie, qui est à l'origine de l'identification de la mescaline. Ayant reçu des échantillons de peyotl, il entreprit en 1886 un voyage dans le sud des États-Unis pour rapporter lui-même des échantillons de la plante, appelée à l'époque Anhalonium williamsii. Il en entreprit la culture et l'étude chimique et montra qu'elle contenait des alcaloïdes. Toutefois, c'est seulement en 1897 qu'un autre chercheur allemand, Arthur Heffter, parvint à isoler l'alcaloïde hallucinogène en testant systématiquement sur lui-même les fractions extraites et purifiées. Il lui donna le nom de mezcalin devenu ensuite mescaline. En 1919, sa synthèse fut obtenue par Ernst Späth, connu également pour avoir réalisé la synthèse d'un autre alcaloïde, la nicotine.

Louis Lewin (1850-1929) 
 C'était la première fois qu'un hallucinogène naturel était produit sous forme synthétique.
La première étude scientifique des effets de la mescaline sur l'animal et l'homme fut menée en 1920 par le docteur Kurt Beringer, un ami du psychanalyste Carl Jung et de l'écrivain Hermann Hesse, qui la publia en 1927 sous le titre Der Meskalinrausch (L'ivresse mescalinique). La même année un pharmacologue français, Alexandre Rouhier, publia une étude menée sur un groupe d'étudiants auxquels il avait administré un extrait du cactus. 
  • L’intérêt des intellectuels
À partir de cette date et jusqu'à la découverte de nouveaux hallucinogènes, les candidats au voyage utiliseront la mescaline plutôt que le peyotl. On doit notamment à Aldous Huxley et Henri Michaux une description détaillée des effets de l'alcaloïde. 
À la suite de la description des rituels du peyotl chez les Indiens du Mexique publiée par l'explorateur Carl Lumholtz à la fin du dix-neuvième siècle, de nombreux témoignages et travaux ethnologiques sur l'usage rituel du peyotl dans diverses tribus indiennes furent publiés jusque dans les années 1960. Antonin Artaud, parti au Mexique en 1936 à la découverte du peyotl et qui espérait en rapporter un remède universel, publia les récits de ses voyages chez les Tarahumaras en 1937 (D'un voyage au pays des Tarahumaras) et en 1943 (Le rite du peyotl chez les Tarahumaras).
En 1945, la mescaline fut isolée du cactus Trichocereus pachanoi  utilisé par des tribus indiennes des Andes lors de pratiques chamaniques. Elle fut ensuite identifiée dans quelques autres Cactées d'Amérique.
En 1925, pour la première fois, la question de l'analogie entre les effets hallucinogènes d'une substance et les hallucinations liées à la schizophrénie fut posée par Mayer Gross à propos de la mescaline. Cette question devait faire à partir des années 50 l'objet d'investigations par un groupe de psychiatres (le Britannique Humphry Osmond et les Canadiens John Smythies et Abram Hoffer) qui publièrent les résultats de leurs travaux en 1952 dans le Journal of Mental Science, une revue scientifique renommée. 
Cet article remarqué par Aldous Huxley lui donna envie d'essayer la mescaline. Déjà célèbre à l'époque pour ses romans, Huxley prit du sulfate de mescaline une dizaine de fois et raconta son expérience dans Les Portes de la Perception.  Ce petit livre écrit en un mois et publié en 1954 attira l'attention sur les hallucinogènes. Un autre personnage célèbre, le peintre, poète et écrivain d'origine belge Henri Michaux, eut l'occasion d'expérimenter la mescaline. Il rendit compte de ses hallucinations dans plusieurs ouvrages (Misérable Miracle, 1956 ; Connaissance par les Gouffres, 1957 ; L'Infini Turbulent, 1961).
Disponible jusque là auprès de l'industrie chimique sous forme de sulfate et de chlorhydrate, la mescaline fut interdite en 1970.


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