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Histoire
du LSD
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Voir aussi
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LSD sont les initiales du nom
chimique allemand
lyserge saüre diäthylamid, (diéthylamide
de l'acide lysergique). C’est un dérivé semi synthétique
de l'acide lysergique, alcaloïde de l’ergot de seigle (Claviceps
purpurea), champignon parasite des graminées. Sa synthèse,
assez délicate en raison de l'instabilité de l'acide
lysergique et de la sensibilité de ses dérivés
à l'oxydation et à la lumière, est réalisée
en faisant réagir de la diéthylamine (un produit de laboratoire
commun) et de l'acide lysergique (obtenu par divers traitements chimiques
d'un extrait de champignon). Le produit de la réaction est la diéthylamide
de l'acide lysergique. |
Le LSD,
qui agit à des doses de 1 à 2 microgrammes (µg) par
kilo de poids, est le plus puissant hallucinogène connu. La molécule
comporte un noyau indol, comme celle de nombreux autres hallucinogènes
(tryptamines, psilocybine, harmaline etc.) mais il est surmonté
ici de deux autres cycles communs à tous les dérivés
hallucinogènes issus de l'acide lysergique. Des substituants variés
conduisent à des molécules aux effets proches mais c'est
le LSD 25 qui est le plus puissant de tous les dérivés connus.
Le LSD, premier hallucinogène
à avoir été synthétisé alors qu'il était
encore inconnu dans la nature, fut découvert à l'occasion
de travaux menés par A. Hoffman aux Laboratoires Sandoz, à
Bâle (Suisse) en 1938 sur les alcaloïdes de l'ergot
dérivés de l'acide lysergique. Ses propriétés
hallucinogènes furent identifiées accidentellement en 1943.
Plusieurs dérivés de l'acide lysergique, existant naturellement
dans le champignon ou obtenus par semi synthèse, étaient
déjà utilisés en médecine, notamment pour leur
action sur l'appareil circulatoire ou sur l'utérus, et ces médicaments
sont encore largement utilisés aujourd'hui, figurant toujours dans
les ventes vedettes. Hoffman fut donc amené à extraire l'acide
lysergique pour pouvoir réaliser la synthèse industrielle
de ces substances, étape indispensable pour produire des médicaments.
Il fut aussi amené à synthétiser une multitude d’autres
dérivés. Parmi eux, le vingt cinquième enregistré
sur le cahier de laboratoire était la diéthylamide de l'acide
lysergique qui fut donc appelé LSD-25 par Albert Hofmann (lyserg
saür diäthylamid 25). C'était en 1938. Comme tous
les autres dérivés, il fut testé sur l'animal mais
jugé sans intérêt et son étude abandonnée.
En avril 1943, Hoffman décida
de refaire la synthèse de cette molécule pour en tester les
propriétés de manière plus approfondie, geste inhabituel
lorsqu'une molécule a été abandonnée. Alors
qu'il terminait la cristallisation finale du tartrate de LSD, il fut pris
de vertiges et de sensations tels qu'il dut rentrer chez lui où
il fut assailli par des hallucinations accompagnées d'une sensation
d'ébriété pendant deux heures. Recherchant si l'une
des substances qu'il avait manipulées pouvait être responsable
de cet état, il incrimina le LSD dont il ingéra volontairement
250 µg, une dose qu'il pensait très faible (le principal hallucinogène
connu à l'époque était la mescaline, active à
des doses minimales de l'ordre de 4 milligrammes par kilo de poids soit
plus de mille fois plus élevées). Il eut alors une expérience
beaucoup plus intense que la précédente. Perdant le sens
du temps et de l'espace, il expérimenta de nouveau une succession
d'hallucinations colorées et des modifications de la conscience
de soi avec parfois une impression de dépersonnalisation. L'expérience
se révéla aussi par moments terrifiante, lui donnant l'impression
d'être à l'agonie. Au bout de six heures, les symptômes
commencèrent à s'estomper puis disparurent totalement. Le
lendemain matin, ils avaient laissé la place à une sensation
de pleine forme physique et mentale, les souvenirs de l'expérience
restant parfaitement clairs. Le professeur Rothlin, directeur du département
de pharmacologie des laboratoires Sandoz à cette époque,
dut répéter lui-même l'expérience avec ses collaborateurs,
avec seulement 80 µg de LSD, pour être convaincu par le rapport
d'Hoffman. |
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Dans les années 50 à
60, le LSD fit l'objet d'un petit nombre d'expérimentations, sur
l'animal et sur l'homme. L'expérimentation animale n'apporta pas
grand chose, seules quelques rares espèces comme des araignées
et les poissons combattant présentant des altérations notables
du comportement sous LSD. La dose létale 50 (dose qui provoque le
décès de 50 % des animaux testés) se révéla
très variable selon les espèces mais toujours au moins des
centaines de fois plus élevée que la dose active chez l'homme.
Aucun décès par surdose n'a d'ailleurs été
observé chez l'homme. |
| Le premier médecin
à avoir testé le LSD sur des patients dans des conditions
contrôlées fut Werner A. Stoll, un psychiatre, fils du patron
d'Albert Hoffman chez Sandoz. Il mena une étude sur les effets du
LSD chez des adultes en bonne santé et chez des patients schizophrènes.
Il l'essaya aussi sur lui-même et en décrivit les effets en
détails. Il conseillait aux psychiatres qui voulaient l'utiliser
avec leurs patients de l'essayer d'abord sur eux-mêmes pour vivre
une sorte de psychose artificielle leur permettant de mieux comprendre
leurs patients. |
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| Différents
psychiatres s'y intéressèrent alors, en Europe et aux États-Unis.
Approvisionnés par Sandoz qui recherchait un débouché
commercial, et donc une utilisation médicale pour ce nouveau produit,
ils distribuèrent des milliers de doses de LSD entre 1950 et 1960.
Pendant cette période, plus de mille articles sur l'utilisation
du LSD en thérapeutique psychiatrique portant sur plus de 40 000
cas furent publiés dans des revues scientifiques. Parallèlement,
la CIA s'y intéressa, puis l'armée américaine, voyant
là une matière première potentielle d'arme incapacitante
ou de sérum de vérité. Diverses expériences
furent menées à cette occasion, souvent sans le consentement
des intéressés, mais ces pratiques ne furent révélées
qu'en 1976. |
À partir de 1960, outre
les expérimentations médicalement contrôlées
menées dans un cadre universitaire, de plus en plus de personnes
l'essayèrent dans un but récréatif, surtout aux USA,
et son usage se répandit rapidement dans les cercles artistiques
et universitaires de la côte est et de la Californie. Des articles
apparurent dans la presse généraliste, puis des livres, décrivant
l'incroyable expérience vécue sous l'effet des hallucinogènes.
L'usage du LSD se répandit de plus en plus largement, d'autant plus
aisément qu'il n'était pas interdit, et dès 1962,
des restrictions furent mises à sa distribution : désormais
une autorisation spéciale de la Food & Drug Administration était
nécessaire pour s'en procurer aux USA. C'est à cette époque
que des écrivains célèbres, Aldous Huxley (qui raconte
ses expériences dans Les portes de la Perception et Le
Ciel et l'Enfer) et ceux de la Beat Generation (Allen Ginsberg, William
Burroughs, Jack Kerouac, etc.) découvrirent cette nouvelle drogue
de même que d'autres encore inconnus mais qui deviendront célèbres
comme les romanciers Ken Kesey (Vol au dessus d'un Nid de Coucou)
et Tom Wolf (L'Étoffe des Héros ; Acid Test). Des
acteurs, des chanteurs, des étudiants expérimentèrent
aussi le LSD, d'abord dans des programmes expérimentaux en tant
que volontaires rémunérés, puis en dehors de tout
cadre officiel.
Rapidement, une production
clandestine se développa, anticipant la décision des laboratoires
Sandoz de cesser la production et la distribution du LSD et de la psilocybine
en 1965. Un certain Stanley Owsley se lança alors dans la fabrication
du LSD en Californie et produisit des millions de doses vendues 1 ou 2
dollars pièce dans les concerts pop. Il fut arrêté
en 1967 et 200 g de LSD saisis à cette occasion soit l'équivalent
de deux millions de doses de 100 µg.
Une autre figure de l'histoire
du LSD, Michael Hollingshead, distribuait à cette époque
du LSD aux stars d'Hollywood et de la musique pop. Il fit la connaissance
en 1962 de Timothy Leary et de Richard Alpert. Ces jeunes docteurs en psychologie
de l'université Harvard avaient monté très officiellement
à l'université un centre de recherche sur la personnalité
dont les travaux étaient fondés principalement sur l'utilisation
des hallucinogènes considérés comme un outil irremplaçable
d'exploration de la conscience. Ils devinrent rapidement d'ardents propagandistes
de l'usage du LSD ce qui leur valut d'être exclus de l'université
Harvard en 1963. T. Leary devint ainsi à la fois le Pape et le martyr
du mouvement psychédélique naissant symbolisé par
son fameux slogan, Turn on, tune in, drop out (branche-toi, accorde-toi,
laisse tout tomber). Cette période de l'histoire du LSD a été
racontée par Michael Hollingshead dans son livre, The Man Who
Turned On the World (L'Homme qui Brancha le Monde). |
Aldous Huxley
(1894-1963)

Timothy Leary
(1920-1996)
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| Le point culminant
de l'explosion du LSD aux États-Unis fut atteint à l'été
1967, "l'Été de l'amour". Des milliers de hippies, amateurs
de drogues en tous genres, en particulier d'hallucinogènes, se concentrèrent
à Haight Hashbury, un quartier de San Francisco. Dans le Golden
Gate Park, à proximité de Haight Ashbury, de grandes réunions,
love-in
ou
be-in
et des concerts gratuits étaient organisés par des groupes
de la mouvance hippie comme Grateful Dead, Jefferson Airplane, Country
Joe and the Fish, etc. |
  
Album de Jefferson Airplane
(1967)
Album de Gratefull Dead (1969)
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C'était
à chaque fois l'occasion de larges distributions de LSD, souvent
gratuitement. Des milliers de jeunes s'y retrouvaient dans l'écoute
de la même musique, dans l'usage de la marijuana et du LSD et dans
la contestation de l'ordre social. Cette période a été
racontée par Tom Wolf dans son livre Acid Test qui inaugura
une nouvelle forme de journalisme, le journalisme Gonzo où
l'auteur est à la fois acteur et spectateur des événements
qu'il décrit en mêlant les formes littéraires du reportage
et du roman.
En Europe, même si l'usage
des hallucinogènes ne constitua pas un phénomène de
masse, il fit des émules dans plusieurs pays, surtout en Angleterre
où une partie du LSD consommé aux USA était fabriquée,
et à Amsterdam. C'est essentiellement dans ces deux villes que le
mouvement hippie venu des USA se développa en Europe. |
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Mais, aux USA, les autorités
et une fraction du public commencèrent à réagir contre
le LSD. Une campagne de presse, souvent fondée sur des informations
inexactes, se développa progressivement dès le début
des années 60 et prit souvent un tour hystérique. En 1965
les laboratoires Sandoz arrêtèrent la fabrication des hallucinogènes
qui leur créaient surtout des problèmes sans application
thérapeutique prévisible. L'année suivante la fabrication
et la vente de LSD devinrent un crime aux USA puis la simple détention
en 1968. Après un pic de consommation entre 1965 et 1968 au plus
fort du mouvement hippie (plusieurs millions de personnes ont alors fait
l'expérience du LSD aux USA), on constata une diminution progressive
de son utilisation au début des années 70 tandis que le mouvement
hippie refluait aux États-Unis comme en Europe. Cependant, depuis
le début des années 90, le LSD semble avoir retrouvé
un regain de faveur chez de nombreux amateurs de rave qui utilisent indifféremment
divers stimulants et hallucinogènes aux effets apparentés,
notamment l'ecstasy.
Planche de timbres imprégnés de LSD
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Les entretiens de Rueil
(Parrainés par SANDOZ, 1970)
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