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Histoire
de l'ergot de seigle
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L'ergot semble avoir été
méconnu dans l'Antiquité car on en trouve mention pour la
première fois seulement en 1565 sous le nom de Clavus siliginis.
Pourtant, les épidémies d’ergotisme n'étaient pas
rares et leurs graves conséquences sur la santé physique
et mentale étaient bien connues mais aucun lien n'avait été
établi ni avec le parasite ni avec la consommation de farines contaminées
par des grains ergotés. |
La consommation de farines préparées
avec des grains ergotés provoque l’ergotisme, une affection marquée
par des troubles graves liés à la vasoconstriction périphérique
(douleurs cutanées, nécroses pouvant aller jusqu'à
la perte d’extrémités gangrenées) et aux effets psychiques
provoqués par certains des alcaloïdes de l’ergot de seigle.
Première mycotoxicose à avoir été décrite,
de nombreux cas d'ergotisme ont été rapportés en Europe
depuis le Moyen Âge jusqu'au début du vingtième siècle.
Dans le passé, il était
courant de mélanger les épis de seigle contaminés
par l'ergot (seigle ergoté) aux épis sains pour faire la
farine. Si la proportion de grains ergotés était importante,
notamment en période de disette où tous les épis étaient
utilisés, l'ingestion de la farine provoquait alors le "Mal des
ardents" encore appelé "Feu de Saint Antoine". Cette affection d'allure
épidémique comportait une forme convulsive et une forme gangréneuse
accompagnées de délire. L'ingestion de farine ergotée
provoque, en raison des alcaloïdes du champignon, une contraction
des fibres musculaires lisses, notamment celles des artérioles,
ce qui se traduit par une diminution ou un arrêt de l'irrigation
sanguine aboutissant à une gangrène des extrémités
suivie de leur chute. Lors des épidémies historiques, les
chroniqueurs ont décrit le noircissement, la nécrose puis
la chute des mains et des pieds chez les personnes atteintes ainsi que
les perturbations des comportements, des perceptions et de la conscience.
Dans certains cas, la maladie se manifestait par des convulsions sans qu'apparaisse
de gangrène.
Au dix-septième siècle,
la responsabilité du pain fait avec de la farine de seigle parasité
fut reconnue tandis que l'identification de l'ergot comme origine de la
maladie sera réalisée au siècle suivant. L'abbé
Teissier montra ainsi en 1777 que l'administration de poudre d'ergot à
des canards et à des porcs reproduisait les symptômes de la
maladie. Cette connaissance devait en réduire progressivement les
manifestations en Europe et la dernière épidémie se
produisit en Russie en 1926. |
| L’usage
médical
La première mention
d'un usage médical de l'ergot remonte au seizième siècle,
en Allemagne. Les matrones l'utilisaient alors pour accélérer
l'accouchement. Il fut utilisé dans le même but en médecine
au début du dix neuvième siècle mais la difficulté
de le doser et les risques associés à son administration
conduisirent à son abandon.
En 1907, les chimistes anglais
G. Barger et F.H. Carr extrayèrent de l'ergot une préparation
d'alcaloïdes qu'ils appellèrent ergotoxine en raison de sa
toxicité. En 1918, le chimiste suisse Arthur Stoll, fondateur du
département pharmaceutique des laboratoires Sandoz, en isola pour
la première fois un alcaloïde purifié, l'ergotamine,
chef de file d'une importante classe de médicaments antihypertenseurs.
Dans les années 30, on établit la structure chimique
des principaux alcaloïdes de l'ergot et les chimistes Américains
W.A. Jacobs et L.C. Craig isolèrent le noyau acide lysergique qui
les caractérise. C'est en travaillant à rechercher des dérivés
d'intérêt médical qu'A. Hoffman synthétisa le
LSD
en 1938. Il n'en découvrira cependant les effets hallucinogènes
que cinq ans plus tard. |
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