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Psilocybe mexicana
  • Découverte par les Européens
Dès le milieu du seizième siècle, les chroniqueurs espagnols, en particulier Bernardino de Sahagun, décrivirent l'usage divinatoire des champignons dans des tribus aztèques du Mexique méridional. Appelés "chair des dieux" (teonanàcatl) par les Indiens, leur usage était courant à l'époque précolombienne et était probablement répandu du Mexique jusque en Amazonie péruvienne. Ils constituaient une denrée de très grande valeur chez les Mayas. Bernardino de Sahagun a comparé en 1569 les effets des champignons sacrés du Mexique à ceux du Peyotl en usage chez d'autres tribus indiennes de ce pays et a constaté leur remarquable similitude. En 1656, un opuscule à l'usage des missionnaires espagnols recommandait l'éradication des pratiques diaboliques des indiens telles que la consommation de champignons. La position de l'église espagnole a eu pour résultat de rendre clandestines les cérémonies mais elles se sont néanmoins poursuivies jusqu'à notre époque dans des endroits retirés. 
Statue champignon maya
  • La période moderne
En 1919, un médecin autrichien, le docteur Reko, passionné par la flore mexicaine, publia un ouvrage dans lequel il se disait persuadé de la persistance de ces pratiques au Mexique. Un de ses cousins, Victor Reko, va partager cet intérêt et publier en 1936 un ouvrage sur ce sujet (Magische Gifte : Rausch und Betaubungsmittel der Neuen Welt, soit en Français, Poisons Magiques : Toxiques et Narcotiques du Nouveau Monde). Il réussit à se procurer des champignons dont il envoya des échantillons à l'université de Harvard où ils furent reçus par le botaniste Richard Evans Schultes. En 1938, ce dernier étudia sur place les champignons en compagnie de V. Reko. Ils collectèrent et identifièrent ainsi diverses espèces de champignons hallucinogènes utilisés par les Indiens appartenant au genre Psilocybe ainsi qu'une espèce voisine de strophaire, Stropharia cubensis. En 1938, un groupe d'anthropologistes américains sous la direction de Jean B. Johnson put assister pour la première fois à une cérémonie mais aucun étranger du groupe ne fut autorisé à consommer les champignons. La description de l'usage rituel faite par Johnson et les travaux de Schultes incitèrent Roger Gordon Wasson et son épouse Valentina Pavlova, un couple passionné par l'importance des champignons dans les cultures primitives, à se rendre en 1953 dans la région mexicaine de Oaxaca pour tenter d'assister à une cérémonie. Ils furent ainsi les premiers étrangers, en 1955, à participer activement à une cérémonie et à la décrire en détails. Ils poursuivront ensuite leur quête en compagnie de Roger Heim, grand mycologue français, pour retrouver dans d'autres pays l'usage rituel de champignons hallucinogènes. 
Aujourd'hui, plus d'une vingtaine d'espèces de champignons hallucinogènes sont connues en Amérique centrale parmi lesquelles une quinzaine de Psilocybes, notamment P.mexicana, P.zapotecorum, P. cœrulescens et une espèce de strophaire, Stropharia cubensis, répandue jusqu'en Colombie. Tous ces champignons sont au centre de rituels chamaniques.
Les champignons, qui perdent leurs propriétés hallucinogènes s'ils sont cuits, sont mangés frais ou secs au cours de cérémonies rituelles. Ils induisent un état euphorique, parfois dysphorique, accompagné d'agitation, d'un sentiment d'expansion de la conscience et d'hallucinations. Le maître ou la maîtresse de cérémonie (curandero au Mexique) est alors considéré comme en mesure de prévoir l'avenir, de retrouver ce qui a été perdu ou de guérir, comme c'est habituel dans le chamanisme. 
L'effet hallucinogène des champignons est dû à la présence d'alcaloïdes (plus ou moins abondants dans les champignons selon les espèces et l'endroit où ils poussent). Ainsi, la psilocybine et la psilocine (minoritaire) constituent 0,03 % du Psilocybe mexicana frais et 0,3 % du champignon sec. Selon l'espèce, les effets hallucinogènes sont obtenus en consommant de 2 à une vingtaine de champignons représentant 1 à 2 grammes.
  • La découverte de la psilocybine
La psilocybine fut isolée pour la première fois en 1958 en même temps que la psilocine par A. Hoffmann des laboratoires Sandoz à Bâle (Suisse) qui établit sa structure chimique et mit au point sa synthèse chimique la même année. Plus stable que la psilocine qui s’oxyde facilement, et pénétrant plus facilement la barrière hématoencéphalique, elle fut tout de suite mise à la disposition des chercheurs pour évaluer son éventuel potentiel en psychiatrie. Étudiée par Jean Delay sous l’angle psychophysiologique et clinique dès 1958, plus de 300 essais expérimentaux en psychiatrie eurent lieu entre 1958 et 1962. 
Les plus controversés se déroulèrent à partir de 1960 au département de psychologie de l’université Harvard sous la responsabilité du professeur Timothy Leary qui menait simultanément un travail semblable sur la mescaline. Leary utilisa également la psilocybine avec des prisonniers volontaires dans le but de faciliter leur réinsertion sociale et avec des étudiants en théologie dans le but d’étudier l’expérience mystique.

Albert Hoffmann
 Dans ce dernier cas, un groupe contrôle reçut une dose légère d’amphétamine dont les effets physiques sont similaires à ceux des hallucinogènes sans en avoir les effets mentaux. Les membres des deux groupes ignoraient s’ils recevaient la psilocybine ou non (expérience en aveugle) et neuf des dix membres du premier groupe rapportèrent une expérience religieuse contre seulement un dans le groupe contrôle. L’expulsion de Leary de l’université Harvard après ses essais avec le LSD devait mettre un terme à l’expérimentation des hallucinogènes dans un cadre universitaire aux États-Unis. 
En 1962 A. Hoffmann se rendit au Mexique  et offrit de la psilocybine pure à la curendera, la guérisseuse qui avait initié R. Gordon Wasson aux champignons hallucinogènes. Habituée de la consommation des psilocybes dans un cadre chamanique, elle jugea les effets des pilules identiques à ceux du champignon. 


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