Le chanvre est une grande plante
herbacée annuelle qui mesure de un à trois mètres
de haut. Elle est dioïque, c’est à dire que les fleurs mâles
et femelles se trouvent sur des plants différents. Le chanvre appartient
à la famille des Cannabacées (Cannabinacées) qui outre
le genre
Cannabis ne comporte que le houblon (genre Humulus).
La plante présente des tiges dressées et des feuilles alternes,
palmées, comportant de 3 à 9 folioles dentés. Les
fleurs sont petites, de couleur verte. Les fleurs mâles forment des
bouquets ramifiés alors que les fleurs femelles forment des épis.
Les fruits secs, des akènes comportant une seule graine, sont enrobés
dans une bractée florale persistante. C’est une plante résineuse,
la résine étant sécrétée par des poils
glandulaires particulièrement nombreux au niveau des sommités
fleuries.
Bien que les avis divergent
chez certains spécialistes sur l’existence d’une ou plusieurs espèces
de Cannabis, la majorité des botanistes considèrent qu’il
n’existe qu’une seule espèce de Cannabis, le C. sativa, dont
les différentes formes (C. sativa sativa, C. sativa indica, C.
sativa ruderalis) constituent des écotypes ou des variétés.
Il s’agirait en effet d’une espèce peu stable sur le plan génétique
et fortement influencée par les conditions écologiques malgré
la sélection effectuée par l’homme depuis des milliers d’années.
Le nom de genre du chanvre,
Cannabis,
est employé aussi couramment pour caractériser les différentes
formes sous lesquelles est consommée la plante ou ses dérivés.
Fleurs femelles
Sommité fleurie de cannabis
Feuille
La teneur en résine
sécrétée par les poils spécialisés situés
au niveau des sommités florales est très variable selon l'origine
géographique de la plante et les pratiques culturales. Aussi, la
teneur en THC de la plante varie-t-elle de 1 à 10 %. Chaque
poil sécréteur se termine par une tête globuleuse où
s'accumule la résine et qui se détache aisément de
son support.
C’est également une
plante fibreuse. Ce sont ces deux dernières propriétés
qui sont à l’origine de sa culture : la résine possède
des propriétés psychotropes connues depuis la nuit des temps
et le chanvre a été longtemps cultivé en Europe et
en Asie pour ses longues fibres utilisées dans la fabrication de
cordages.
C’est une plante cosmopolite,
mais les conditions de milieu ont une grande influence sur son développement
et sa croissance : dans les régions chaudes, elle produit beaucoup
de résine et peu de fibres alors que dans les régions tempérées,
elle produit beaucoup de fibres et peu de résine. Ceci conduit à
distinguer la variété textile de la variété
« indienne ». La culture du chanvre, interdite par les conventions
internationales, est désormais autorisée en Europe à
la condition d’utiliser des variétés textiles contenant moins
de 0,3 % de tétrahydrocannabinol (ou THC), le
principe actif responsable des propriétés psychotropes. Les
semences, qui ne contiennent aucun principe actif, sont utilisées
aussi pour préparer de la farine ou pour en extraire une huile riche
en acides gras insaturés.
Poil sécréteur vu au microscope (faible grossissement, schématique)
Des formes diverses : Marijuana,
haschich, huile
On connaît plus de 350 noms
pour le chanvre dans le monde (dagga, ganja, kif, marijuana, takrouri,
yamba…) sans compter le vocabulaire récent inventé
par les utilisateurs contemporains. Dans le passé, diverses préparations
traditionnelles contenant du cannabis étaient destinées à
être mangées comme le bhang (boisson préparée
à partir de la plante consommée dans le sous continent indien)
et le dawamesk (pâtisserie à base de haschich consommée
en Turquie et au Moyen-Orient), rendu célèbre au dix-neuvième
siècle par les membres du club des haschichins qui consommaient
le haschich sous cette forme principalement. Mais le plus souvent le cannabis
était fumé et c'est de cette façon qu'il est
majoritairement consommé aujourd'hui encore selon des méthodes
qui varient avec les cultures.
Sibsi (pipe à kif, Maroc)
Pour exploiter leurs propriétés
psychotropes, les sommités fleuries des plants de chanvre sont préparées
traditionnellement de deux façons différentes selon les régions.
Les plantes, plus particulièrement
les sommités fleuries, récoltées directement et séchées
donnent la marijuana qui est connue sous des noms variés selon les
pays et dont la présentation et le mode de consommation dépendent
des coutumes locales.
On peut également récolter
la résine sécrétée par les poils glandulaires
pour préparer le haschich.
Plus récemment a été
mise au point une technique utilisant des solvants qui permet d’isoler
une huile de cannabis dont le contenu en principes actifs est beaucoup
plus élevé.
Haschich
Il existe deux méthodes
traditionnelles de préparation artisanale du hachisch tandis que
le hachisch destiné à l’exportation est préparé
industriellement.
Au Proche et au Moyen-Orient,
les plants de chanvre récoltés au moment de leur floraison
sont battus sur un drap tendu sur un récipient large. Les poils
sécréteurs microscopiques qui se détachent des sommités
fleuries passent à travers le tamis constitué par le drap
et constituent une poudre improprement appelée pollen puisque le
véritable pollen des fleurs est constitué par les éléments
mâles responsables de la fécondation chez les plantes à
fleur. Selon la force appliquée pour battre les plants, la poudre
obtenue est de qualité variable. Lorsque les plants sont simplement
frottés sur le drap, on obtient une poudre constituée presque
exclusivement des poils sécréteurs. C’est la meilleure qualité
de haschich dont la teneur en THC, le principe actif du cannabis, dépasse
couramment 20 %.
Si les plants sont battus
plus violemment, on recueille davantage de poudre mais elle contient une
proportion moindre de poils sécréteurs et est donc moins
riche en principe actif.
Enfin, si les plants sont
battus à l’aide d’une baguette, divers débris s’y ajoutent
encore ce qui aboutit à une poudre encore moins riche. En général,
dans les zones de production, un premier passage est réalisé
en secouant simplement les sommités fleuries sur la toile. La poudre
obtenue en quantité faible par rapport au poids de plantes utilisé
(on récupère alors environ 1 % du poids initial des plantes)
est réservée à la consommation locale. Le hachisch
destiné à l’exportation est fait avec une poudre résultant
d’un battage intensif des plantes entières, voire broyées,
beaucoup plus rentable en terme de poids. C’est la raison pour laquelle
la plupart des hachisch disponibles sur le marché clandestin en
Europe sont de basse qualité.
En Inde et au Népal,
la méthode de récolte traditionnelle est différente.
Les sommités fleuries sont frottées entre les paumes des
mains et la résine se dépose sur la peau. En frottant les
mains l’une contre l’autre, la résine forme de petites boules qui
sont ensuite agglomérées entre elles.
La poudre obtenue par tamisage
n'est pas destinée à être consommée directement.
Elle nécessite une préparation, le pressage. Lorsqu’il s’agit
de préparation artisanale, le pressage est le plus souvent réalisé
à la main. Une dizaine de grammes de poudre sont réunis dans
le creux de la main, quelques gouttes d’eau y sont ajoutés, puis
l’ensemble est longuement malaxé et chauffé de temps à
autre. La poudre constitue alors une masse brune, plastique qui s'agglomère
et devient de plus en plus homogène.
Divers types de pipes sont
utilisées traditionnellement pour fumer le haschich mélangé
ou non à du tabac (voir aussi ci-contre).
Pipes (Iran et Birmanie)
Dans la production industrielle,
le pressage est réalisé avec des presses mécaniques.
La poudre est enfermée dans des sacs de cellophane ou de tissu comme
au Maroc ou au Pakistan et les sacs sont empilés sous une presse.
Les plaques obtenues dont la masse va de deux cents grammes à un
demi kilo reçoivent souvent une marque de fabrique imprimée
en creux, directement sur la résine. En France, ces plaques ont
reçu le nom de savonnettes. Bien souvent, la concentration en poils
sécréteurs étant insuffisante, il est ajouté
à la poudre diverses substances comme des corps gras permettant
de lui donner un liant suffisant pour permettre le pressage.
Marijuana
Plaque de haschich
Marques de fabrique sur des sacs de haschich
Shiloms (Inde)
Habel-babel (Afghanistan)
Composition
On a identifié dans la
résine de chanvre 426 composés chimiques différents
dont une soixantaine de substances liposolubles dérivées
du terpène, les cannabinoïdes. Contrairement aux substances
psychotropes extraites des autres plantes, il ne s’agit pas d’alcaloïdes
car les cannabinoïdes ne sont pas alcalins et ne contiennent pas d’azote.
Il s’agit d’une famille particulière de composés chimiques
à laquelle appartiennent aussi de nombreuses substances non psychotropes
produites par diverses essences végétales. Parmi
les cannabinoïdes du chanvre, deux seulement sont psychoactifs, le
delta 9- tétrahydrocannabinol ou THC, présent dans toutes
les variétés, et la tétrahydrocanabivérine
présente semble-t-il seulement dans quelques variétés.
Le chanvre sauvage contient de 1 à 7 % de THC, mais les cultivateurs
hollandais et californiens produisent couramment des variétés
obtenues par hybridation et sélection qui en contiennent jusqu'à
plus de 10 % (skunk, sinsemilla). Le haschich contient de 5 à 40
% de THC.