Les effets bénéfiques
de l’adrénaline (hormone extraite de la glande médullosurrénale)
sur l’asthme étaient connus au début du siècle mais
l’impossibilité de l’utiliser par voie orale, car elle est dégradée
lors de son transit digestif, limitait son utilisation. On a donc recherché
des dérivés susceptibles d’exercer une action bronchodilatatrice
par voie orale.
K.K. Chen, un chercheur de
la firme Lily, constata en 1920 qu’un extrait d’Ephedra vulgaris
exerçait une telle action. Il isola alors de cette plante un principe
actif bronchodilatateur qu’il appela éphédrine et constata
que sa structure chimique était proche de celle de l’adrénaline.
Contrairement à cette dernière, l’éphédrine
restait active après une administration orale. Toutefois, la plante
étant rare, on chercha une méthode de synthèse chimique.
En 1927, Gordon Alles, un
chercheur de l'université de Californie à Los Angeles, réussit
la synthèse chimique d’un dérivé qu’il appela amphétamine.
Outre son action bronchodilatatrice, l’amphétamine présentait
des effets psychostimulants, euphorisants et anorexigènes. Cela
ne l’empêcha pas d’être commercialisée librement sous
une forme volatile permettant de l’administrer aux asthmatiques par inhalation.
Malgré quelques mises en garde, elle fut rapidement détournée
de son usage thérapeutique et son utilisation se répandit
rapidement, en particulier chez les étudiants en période
d’examen qui appréciaient de pouvoir se passer de sommeil et de
travailler plus vite.
De
l'usage par les armées à l'abus
Pour la même raison, pendant
la seconde guerre mondiale, les armées y eurent massivement recours
pour doper les combattants. On considère ainsi que pendant la seconde
guerre mondiale, la bataille d’Angleterre a pu être gagnée
par les aviateurs britanniques malgré leur infériorité
numérique, parce qu’ils faisaient un large usage d’amphétamines
comme la benzédrine. De la même façon, le succès
de l’offensive foudroyante menée par l’armée allemande dans
les Balkans au printemps 1941 pour secourir les troupes italiennes en mauvaise
posture est attribué à l’utilisation de méthédrine
par les troupes d’assaut qui ne prirent aucun repos pendant les onze jours
que dura la campagne.
Les amphétamines furent
aussi largement distribuées aux ouvriers des usines d’armement au
Japon et, après la guerre, des stocks importants existaient dans
ce pays. Les firmes pharmaceutiques y entamèrent avec succès
la promotion de ces produits pour écouler leurs stocks. La toxicomanie
aux amphétamines se répandit largement et, dans les années
50, environ 5 % des jeunes Japonais en utilisaient régulièrement.
Molécule
d'amphétamine
Cependant le Japon
ne fut pas le seul pays touché par l’amphétaminomanie. Les
États-Unis
et l’Europe connurent aussi une vague de toxicomanie aux amphétamines
après guerre alors que ces substances n’étaient pas encore
classées comme stupéfiants. Les étudiants, les chauffeurs
de camion, les sportifs, les hommes d’affaires etc. utilisaient régulièrement
pour surmonter la fatigue les diverses préparations commerciales
à base d’amphétamine librement disponibles dans les pharmacies
(Benzédrine, Méthédrine, Maxiton etc.). En 1950, les
USA produisaient annuellement 1 000 tonnes d’amphétamines pour le
seul marché intérieur. En 1972, plus de 100 spécialités
pharmaceutiques contenaient des amphétamines et environ 12 % des
ordonnances délivrées dans ce pays comportaient la prescription
de l’une d’elles.
Vers l'interdiction
Devant le développement
de la toxicomanie aux amphétamines aux USA, le Controlled Substance
Act fut pris en 1970 pour mettre fin à la vente des amphétamines
sans ordonnance et les préparations injectables furent retirées
de la vente en 1973. En Europe, à la suite d’affaires spectaculaires
comme le décès, sous amphétamines, du coureur britannique
Simpson dans la montée du mont Ventoux lors du Tour de France 1967,
des mesures législatives ou réglementaires furent adoptées
à la même époque. En France, dans un premier temps,
les formes orales d’amphétamines furent inscrites au Tableau A de
la pharmacopée tandis que les formes injectables étaient
inscrites au Tableau B des stupéfiants. Toutefois, comme il restait
facile de se procurer des amphétamines orales avec de fausses ordonnances
et de transformer les comprimés en solution injectable, un arrêté
du 6 avril 1971 mit fin à ces pratiques en inscrivant tous les médicaments
à base d’amphétamines au Tableau B. En Angleterre, ce sont
les pharmaciens d’officine eux mêmes qui refusèrent de les
distribuer plus longtemps lorsque le nombre de toxicomanes aux amphétamines
augmenta brutalement en 1968.
Si les mesures de contrôle
dans les différents pays ont mis fin à l’approvisionnement
légal en amphétamines, un lucratif commerce clandestin s’y
est désormais substitué. La synthèse de multiples
dérivés amphétaminiques est relativement aisée
à réaliser et les laboratoires clandestins se sont multipliés
dans le monde entier y compris dans des zones comme le Triangle d’or jusqu’ici
spécialisées dans la fabrication d’héroïne. Dans
certains anciens pays communistes la synthèse d’amphétamines
est une des activités illicites en plein essor.
Diversité
des dérivés amphétaminiques
On peut distinguer trois grands
types de dérivés amphétaminiques selon leur effet
principal, psychostimulant,
hallucinogène
ou anorexigène. En modifiant plus ou
moins la molécule de phényléthylamine il a été
possible d’obtenir des produits dont l’un des effets (stimulant, hallucinogène
ou anorexigène) est renforcé au détriment des autres.
On a pu ainsi mettre au point des anorexigènes comme la fenfluramine
qui ne présente pas d’effet psychostimulant ou des hallucinogènes
puissants comme le STP.
Les trois types de dérivés
peuvent donner lieu à abus et connaissent des modes de consommation
différents selon la nature des produits et les effets recherchés.
Jusqu’aux années 1970, le commerce illicite des amphétamines
concernait essentiellement des dérivés psychostimulants.
Depuis, des dérivés hallucinogènes s’y sont ajoutés,
en particulier l’ecstasy
qui fait l’objet d’une importante consommation. En outre, certains dérivés
anorexigènes dont l’effet psychostimulant n’est pas complètement
aboli sont détournés de leur usage médical.