Les protocoles présentés ici sont destinés à faciliter la mise en œuvre des expériences nécessaires pour résoudre le problème posé. Ils permettront à ceux qui veulent lancer leurs élèves dans ce type d'investigation de ne pas perdre de temps à rechercher les procédures adéquates, les concentrations optimales des solutions, les conditions de telle ou telle expérience etc. Tous peuvent être mis en œuvre avec le matériel courant disponible dans les lycées. On comprendra que certains aspects de la biologie des levures en général (régulation métabolique) et de l'expression génétique en particulier (régulation transcriptionnelle du gène suc2) ont été passés sous silence pour ne pas introduire trop de connaissances supplémentaires par rapport aux programmes officiels. Toutefois, selon la façon dont les élèves s'impliquent dans ce type de projet expérimental "ouvert" il est parfaitement envisageable d'évoquer ces aspects. 1- REPIQUAGE DE LA SOUCHE ET PRODUCTION DE BIOMASSE. Objectifs : maintenir la souche au laboratoire et disposer d’une quantité suffisante de levure sac-. Protocole Des boîtes de milieu complet solide sont
préparées
et ensemencées en conditions stériles pour assurer la
conservation
de la souche sous forme de colonies. ![]() Culture sur milieu complet Le même milieu, dépourvu d’agar pour rester liquide, est ensemencé et incubé quelques jours pour obtenir une quantité importante de levure. 2- VERIFICATION DU CARACTERE " INCAPACITE A FERMENTER LE SACCHAROSE (SNF) " 2.1 Etude du métabolisme fermentaire par ExAO Objectifs : vérifier l’absence de fermentation du saccharose à court terme en mesurant l’éthanol ou le CO2 éventuellement produits et comparer d’une part avec la fermentation du glucose par la même souche et d’autre part avec la fermentation du saccharose par une souche non déficiente Protocole 1- Préparer à partir de colonies
sur milieu
solide deux suspensions de levures SNF et une d'une souche
sauvage
à raison de 200 mg dans 4 mL de tampon phosphate pH 5.6. 2.2 Culture sur milieu solide au saccharose additionné d’un indicateur de pH Objectif : déterminer si les cellules sont déficientes pour l’utilisation à long terme du saccharose. Le virage d’un indicateur de pH est utilisé pour détecter la fermentation qui libère du CO2 et des acides organiques. On détermine ainsi la capacité de la souche à fermenter le saccharose. Si, contrairement à ce qui est attendu, le milieu vire au jaune, cela signifie que la souche est apte à fermenter le saccharose et doit être rejetée pour cette étude. Protocole 1- Préparer un litre de milieu au
saccharose et
y incorporer le pourpre de bromocrésol avant stérilisation
2.3 Culture en présence de disques imprégnés de différents sucres (glucose, fructose, saccharose, maltose, raffinose) Objectif : comparer la croissance avec du saccharose et d’autres substrats fermentescibles proches chimiquement du saccharose comme le raffinose, (galactosyl a 1-6 glucosyl b 1-2 fructose), trioside qui possède un type de liaison identique à celle du saccharose et le maltose (glucosyl a 1-4 glucose) qui est un dioside. Une suspension de levures sac- est étalée sur un milieu minimum sans source de carbone et des disques imprégnés des divers sucres à tester sont disposés à la surface du milieu. La croissance des colonies ne se produit qu’autour des disques imprégnés des sucres utilisables. Une boîte témoin est réalisée avec une souche sauvage. Protocole 1- Mettre en suspension une colonie jeune dans
10 mL d’eau
distillée stérile.
![]() Test des rondelles
3. RECHERCHE DE L’ACTIVITE INVERTASE
DANS LE
MILIEU DE CULTURE
Noter les colonies développées autour de deux rondelles Objectif : l'incapacité à fermenter le saccharose est-elle due à l'absence d'activité invertase dans le milieu extracellulaire ? Du saccharose est mis en présence du milieu de culture des levures après séparation des cellules de leur milieu. Si de la saccharase a été exportée, elle va catalyser l'hydrolyse du saccharose en glucose et fructose ce qui est le cas chez la souche sauvage (témoin). Le glucose formé est détecté avec des bandelettes enzymatiques ("Clinistix"). Si aucune hydrolyse n’est détectable, cela montre qu’il n’y a pas d’activité invertase extracellulaire chez cette souche de levure. Protocole 1- Mettre en suspension une colonie de souche
sauvage
et une colonie sac- chacune dans 50 mL de milieu complet contenant 20
g.L-1
de mannose et 0.1 mol.L-1 d’hydrogénocarbonate de
sodium
(ce dernier active la sécrétion d'invertase). On attend ici la confirmation de l’absence d’activité invertase extracellulaire (le test doit être négatif avec la souche ATCC 56795 et positif avec la souche sauvage). Tous les tests menés dans cette partie doivent se révéler négatifs justifiant la suite des investigations. Dans le cas contraire, on recherchera les causes d’un éventuel test positif. 4. RECHERCHE D’UNE ENZYME INACTIVE DANS LE MILIEU EXTRACELLULAIRE Objectif : détecter une éventuelle forme non fonctionnelle d'une invertase extracellulaire. Sur deux support d’électrophorèse identiques seront déposés des échantillons du précipité obtenu à partir du milieu extracellulaire d'une culture de la souche sac-, et d’une invertase du commerce (SIGMA). Après électrophorèse, le gel est coloré (bleu de Coomassie) de façon à pouvoir localiser précisément, le cas échéant, une invertase inactive par comparaison des électrophorégrammes. Protocole On utilise un gel d'agarose prêt à l’emploi (MIDI GEL). 1- Déposer des échantillons de
10 µL
des solutions à tester (100 mg de précipité et 100
mg d'invertase pure par mL dans un tampon tris-véronal pH 8.6)
en
parallèle avec une goutte de colorant de charge pour
électrophorèse. Si une bande correspondant à une invertase inactive est détectée, on aura résolu le premier problème : la déficience dans l’utilisation du saccharose est liée à une anomalie dans la structure de l’invertase. Il restera à comparer allèle sauvage et allèle muté. Si aucune invertase inactive n’est détectée, cela signifie que le défaut d’utilisation du saccharose est lié à l’absence de synthèse ou à l’absence d’exportation de l’invertase. Les protocoles suivants ont pour objet de tester ces hypothèses. 5. RECHERCHE D’UNE ANOMALIE DE BIOSYNTHESE OU D’EXPORTATION 5.1 Recherche d’un défaut général d’exportation des protéines Objectif : détecter l'éventuelle absence de protéines exportées. On utilisera une galerie API-ZYM (BIOMERIEUX) permettant de révéler d’éventuelles activités enzymatiques dans le milieu de culture. Protocole 1- Incuber pendant 48 h à 35 °C en
agitant
doucement une colonie de levure sauvage et une colonie de levure SNF
dans 100 mL de milieu complet. Si aucune enzyme exportable n’est détectée avec
la souche
sac- alors que diverses enzymes sont détectables avec
la souche sauvage, c’est que l’ensemble du système de
sécrétion
est déficient. Si, au contraire, d’autres enzymes sont
exportées,
c’est que seule la voie de sécrétion de l’invertase est
déficiente.
Dans les deux cas, on recherchera de toute façon une
activité
invertase intracellulaire pour vérifier que seul un
système
d'exportation est en cause. ![]() Galeries Api-Zym : résultats 5.2 Recherche d’une activité invertase intracellulaire Objectifs : identifier la présence éventuelle de l’enzyme dans le milieu intracellulaire pour déterminer s’il existe un gène actif de l’invertase. Les principes mis en application sont similaires à ceux exposés ci-dessus (2.4) pour détecter une activité invertase extracellulaire. Protocole 1- Mettre en suspension une colonie de la
souche sac-
et une colonie de la souche sauvage chacune dans 50 mL de milieu
complet
contenant 1 g de mannose et 5 mg de glucose comme sources de carbone.
* On peut remplacer le broyage par un traitement enzymatique détruisant la paroi (lyticase). Si le test s’avère positif, c’est qu’il existe bien un gène actif de l’invertase codant une enzyme active mais non exportée ce qui implique un défaut dans le seul système d’exportation de l’invertase. On recherchera alors si l’origine de ce défaut réside dans la séquence du gène de l’invertase en comparant la séquence du gène sauvage avec celle de l'allèle muté. 6. COMPARAISON DE LA SEQUENCE DES ALLELES L’outil de comparaison de séquences utilisé est le logiciel SEQAID mis à disposition des établissements par l’INRP. Le même type d'activité peut être menée avec le logiciel ANAGENE distribué par le CNDP ou par n'importe quel autre logiciel de traitement de séquences. Préparation des séquences relatives à l'invertase La séquence du gène de l'invertase et la séquence polypeptidique de la protéine ont été téléchargées via Internet sur les serveurs spécialisés (PDB, YPD, SGDB etc.) puis intégrées à la base de données du logiciel SEQAID. La séquence du gène de structure, d'une part munie de la séquence signal, d'autre part dépourvue de cette séquence a servi pour construire les séquences des ARNm correspondants qui ont été ajoutées à la banque. La séquence de l’invertase de la souche 288 C (souche de référence pour le séquençage du génome de la levure) est disponible dans les banques de données internationales et a été récupérée via Internet auprès de la Saccharomyces genome database puis intégrée à la base de données du logiciel SEQAID. S'agissant du même gène subissant une transcription alternative, il n'y a qu'une seule séquence pour les deux invertases. Préparation des séquences signal Les séquences signal de gènes correspondant à diverses souches SNF construites artificiellement par Kaiser & Botstein ont été tirées de la littérature (5) et après avoir été ajoutées au gène de structure de l'invertase, les séquences complètes ont été également transférées dans la banque de données du logiciel SEQAID.
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