INTRODUCTION
On présentera ici un exemple de démarche d’investigation et les résultats obtenus avec ce matériel mais, en raison du temps disponible, seule une manipulation simple destinée à mettre en évidence l’action de la lumière sur l’intensité de la transpiration foliaire sera mise en œuvre. 1. MATERIEL Le dispositif présenté est basé sur l’utilisation de deux capteurs d’humidité de petites dimensions réalisés en technologie hybride et reliés à un boîtier permettant leur alimentation via l’interface et le conditionnement du signal. Il comporte en outre une enceinte transparente dans laquelle est placé le matériel biologique en expérience. L’enceinte, parcourue par un courant d’air produit par une pompe est divisée en deux chambres séparées par une valve anti-retour assurant une circulation unidirectionnelle de l’air. La première chambre reçoit un des deux capteurs d’humidité qui mesure l’humidité relative de l’air atmosphérique (HR) entrant dans l’enceinte. La seconde chambre reçoit le deuxième capteur d’humidité et le matériel biologique en expérience. Il peut s’agir d’une feuille ou d’un rameau appartenant à une plante en pot ou d’une ou plusieurs feuilles isolées. La différence d’humidité relative mesurée par les capteurs entre l’air pénétrant dans l’enceinte et l’air sortant de l’enceinte dépend donc de l’intensité de l’émission de vapeur d’eau par le matériel biologique en expérience c’est à dire de la transpiration. Il est utile également d’ajouter au dispositif d’autres capteurs selon ce que l’on désire étudier, par exemple un capteur de lumière et un capteur de température. Enfin, un dispositif permettant de régler le débit d’air et une turbine destinée à le visualiser sont annexés au circuit d’air. La figure suivante représente le dispositif. ![]() Les capteurs peuvent aussi être utilisés sans l’enceinte : en appliquant un capteur contre une des faces de la feuille, on pourra comparer transpiration et humidité relative de l’atmosphère. En appliquant un capteur contre chaque face de la feuille, on pourra comparer la transpiration des deux faces. Divers logiciels peuvent être utilisés pour piloter l’interface au cours des expériences : logiciels généralistes sous MS-DOS ou Windows, logiciel dédié. Dans les expériences présentées ici, l’interface est pilotée par un logiciel généraliste, Regressi. Il existe cependant un logiciel dédié adapté à l’utilisation de ce matériel. 2. DEMARCHE PEDAGOGIQUE Des démarches variées sont envisageables pour traiter
le problème de la transpiration foliaire. Elles peuvent, par
exemple,
comporter des observations (enregistrements de paramètres
naturels)
qui motivent des investigations expérimentales. C’est le parti
qui
a été pris ici. La démarche est destinée,
d’une
part, à explorer les relations qui peuvent exister entre la
transpiration
d’une plante et certains facteurs du milieu et, d’autre part, à
préciser certains mécanismes de la transpiration. Les
investigations
menées découlent des constats réalisés
à
la suite de mesures de paramètres environnementaux pendant
quelques
jours en l’absence de l’expérimentateur. Le matériel
biologique
utilisé est un plant de lierre terrestre en pot mais de
nombreuses
plantes peuvent être aisément utilisées de la
même
façon.
2.1 Le problème biologique Sachant que le fonctionnement des plantes dépend étroitement des paramètres de l’environnement, on se propose dans un premier temps de suivre simultanément la transpiration de la plante et quelques facteurs de l’environnement. Un rameau comportant quelques feuilles est placé dans l’enceinte du dispositif expérimental, un courant d’air est établi et l’ensemble est placé devant une fenêtre de façon à recevoir la lumière naturelle. En plus des capteurs d’humidité, un capteur de température et un capteur de lumière sont utilisés. L’enregistrement des différents paramètres est poursuivi pendant trois jours et quatre nuits afin d’observer leurs variations naturelles. La figure 1 (copie d’écran) présente les résultats obtenus.
L’enregistrement permet de visualiser l’alternance jour-nuit par les variations cycliques de l’intensité lumineuse, de constater que les variations de température sont faibles (+ ou - 2°C), que l’humidité relative de l’atmosphère a tendance à diminuer le jour et à augmenter la nuit tandis que la transpiration a tendance à diminuer la nuit et à augmenter le jour. Dans le but d’obtenir une image plus précise des relations entre ces paramètres, un traitement des données est réalisé avec le logiciel. Il permet d’obtenir un nouveau tracé faisant apparaître la transpiration par calcul de la différence entre les variations d’humidité relative de l’air à la sortie et à l’entrée du dispositif. Le tracé correspondant aux variations d’humidité de l’air à la sortie du dispositif est ensuite éliminé de même que le graphique des températures dont les variations sont jugées trop faibles pour influencer la transpiration. On obtient ainsi la copie d’écran de la figure 2. ![]() Figure 2. Traitement du graphique de la figure 1. HR à l’entrée (EA2), transpiration (T) et intensité lumineuse (IL). Le graphique montre que HR pendant la journée et remonte le soir ou pendant la nuit, les variations restant faibles. Compte tenu de la réponse du capteur, les variations naturelles de HR atmosphérique sont comprises entre 45 % et 55 % et ne semblent pas influencer la transpiration de façon nette. L’intensité lumineuse reçue par le dispositif varie différemment selon les jours en raison à la fois de la disposition du laboratoire autorisant des réflexions parasites à certaines heures (présence d’immeubles en face de la fenêtre) et des changements météorologiques intervenus pendant les mesures (journée ensoleillée, passages nuageux, journée couverte). L’allure générale de l’enregistrement concrétise néanmoins nettement l’alternance jour-nuit. Enfin, la transpiration est importante pendant la journée et devient très faible ou nulle pendant la nuit. Il semble donc exister une corrélation entre transpiration et intensité lumineuse. Pour améliorer la définition, un agrandissement partiel de deux journées est réalisé avec la fonction zoom du logiciel (voir figure 3A et figure 3B).
Le parallélisme entre les tracés montre une
corrélation
entre variations de l’intensité lumineuse et variations de la
transpiration
pendant les deux jours étudiés. Chaque variation
d’intensité
lumineuse est suivie d’une augmentation de même sens de la
transpiration.
Ainsi, parmi les différents paramètres environnementaux
suivis,
ce sont les variations d’intensité lumineuse qui paraissent le
mieux
corrélées aux variations de transpiration
mesurées.
Ces constatations amènent à se poser le problème
des
interactions entre lumière reçue par la plante et
intensité
de la transpiration. Pour étudier ce problème, il est
décidé
de mener une étude expérimentale de ces interactions sur
une période plus brève afin d’observer l’effet
éventuel
de l’éclairement sur l’intensité de la transpiration.
2.2 Etude expérimentale L’étude expérimentale est menée sur un rameau de quelques feuilles placé dans l’enceinte. Cette dernière est d’abord maintenue à l’obscurité. Le capteur de température, non indispensable, a été supprimé et un spot halogène de 20 W est placé à 40 cm de l’enceinte. Après quinze minutes d’obscurité, le spot est successivement allumé puis éteint pendant des périodes d’une vingtaine de minutes. La figure 4 présente la copie de l’écran obtenu.
La figure montre que très rapidement après l’allumage du spot HRs augmente rapidement indiquant que la plante augmente considérablement sa transpiration sous l’action de la lumière après un court temps de latence. Après l’extinction, la transpiration cesse d’augmenter puis diminue progressivement, la vitesse de diminution étant un peu plus faible que celle d’augmentation. En outre, lorsque l’on éclaire de nouveau la plante avec une intensité supérieure à la précédente, la transpiration augmente de nouveau et présente une intensité plus forte. La transpiration peut donc être déclenchée par la lumière tandis que l’obscurité la fait cesser expliquant l’allure des tracés obtenus lors de l’enregistrement des conditions naturelles. De plus, l’intensité de la transpiration semble dépendre de l’intensité lumineuse reçue par la plante. Les variations de transpiration n’obéissent donc pas à un cycle autonome mais dépendent de la lumière qui atteint la plante. On se propose alors de rechercher la localisation des éléments répondant à l’action de la lumière. Dans un premier temps, le rameau dont on mesure la transpiration est maintenu à l’obscurité tandis que le reste de la plante est éclairé. On n’observe alors aucune augmentation de la transpiration ce qui suggère que seules les feuilles captant la lumière modifient leur transpiration. Il est alors décidé de rechercher si les deux faces d’une feuille sont équivalentes concernant la réponse à la lumière. Pour cela, un capteur est appliqué sur la face supérieure d’une feuille et l’autre sur la face inférieure. La feuille est ensuite placée à l’obscurité et on laisse le système s’équilibrer car la manipulation des feuilles aboutit à une forte libération de vapeur d’eau. Une fois la réponse des capteurs stabilisée, la feuille est d’abord soumise à un éclairement de sa face supérieure. Une seconde expérience est ensuite menée dans des conditions similaires mais en éclairant la feuille par la face inférieure. La figure 5 présente les résultats obtenus lors des deux expériences. ![]() Figure 5. Réponse des faces inférieure et supérieure d’une feuille de lierre à un éclairement d’une seule face. 1 et 2 : transpiration des faces supérieure et inférieure lorsque la face supérieure est éclairée. 3 et 4 : transpiration des faces inférieure et supérieure lorsque la face inférieure est éclairée. Les enregistrements, obtenus par superposition logicielle des deux
séries
de mesures, montrent que seule la face inférieure est le
siège
d’une transpiration notable et qu’elle seule répond
significativement
à la lumière, la faible transpiration de la face
inférieure
obtenue lors de l’éclairement de la face supérieure
pouvant
être due à la lumière transmise à travers
les
parenchymes de la feuille. On en déduit donc, d’une part, que
seule
la face inférieure de la feuille transpire et, d’autre part, que
les photorécepteurs impliqués dans cette réaction
sont localisés sur la seule face transpirante. Ces
résultats
justifient alors une étude microscopique de l’épiderme
permettant
d’identifier les structures responsables de la transpiration. Cette
étude,
classique mais ne relevant pas de l’ExAO, ne sera pas décrite
ici.
CONCLUSION Les résultats présentés ont essentiellement
pour
but de montrer l’utilisation qu’il est possible de faire de l’ExAO dans
le cadre d’une démarche d’investigation enchaînant des
activités
diverses. Trop souvent, l’ExAO se limite encore à l’acquisition
d’une série de mesures expérimentales simplement
destinées
à se substituer aux expérimentations classiques que l’on
menait avant l’introduction de l’ordinateur dans nos laboratoires. Dans
ces conditions, elle n’apporte rien de plus que les appareillages
classiques
et peut donc sembler superflue. Or, cet outil n’est pas un simple
substitut
à l’expérimentation avec des moyens traditionnels. Il est
riche de possibilités permettant de diversifier les types de
mesures,
d’obtenir plus de précision dans les résultats, de
dupliquer
les expériences et de faire subir aux données acquises
des
traitements, y compris statistiques, permettant souvent d’aller
beaucoup
plus loin, toutes caractéristiques spécifiques d’une
véritable
activité scientifique. En combinant divers types d’acquisitions
avec des capteurs différents et des traitements des mesures, il
est possible de poser des problèmes plus complexes et d’y
apporter
des réponses, sans doute toujours partielles, mais nettement
plus
riches que ce que permettent des moyens " classiques " appliqués
au même domaine.
Bibliographie Cruziat P. & Lagouarde J.P. Actes de l’école-chercheurs INRA en bioclimatologie, Tome 1 : de la plante au couvert végétal, INRA,1996, 670 p Darrigan J.M. & Turck M. Etude expérimentale de la transpiration des végétaux. L’informatique scientifique dans l’enseignement de la biologie et de la géologie au lycée, INRP, 1991, pp 181-185 Grignon C. Les transports chez les végétaux, 2ème partie, 1989, Biologie-Géologie, volume 2, pp 331- 364 Heller R. Abrégé de physiologie végétale, tome 1 : nutrition, Masson, 1977, 244 p |
||||||
|