2. Du principe antidiabétique à l'hormone transgénique
Vers les découvertes capitales du vingtième siècle
À la fin du dix-neuvième siècle, on commence seulement à
soupçonner l’importance des glandes à sécrétion interne, celles qui sont
dépourvues de canal excréteur. Si la notion de sécrétion interne a été établie
par C. Bernard en 1856 à propos du glucose, libéré dans la circulation par le
foie, c’est en 1892 que le médecin anglais, George Redmayne Murray (1865-1939),
démontre, malgré le scepticisme de la communauté médicale, que l’administration
d’extraits de glande thyroïde de mouton à un patient atteint de myxœdème
(maladie due au dysfonctionnement de la glande thyroïde) permet de supprimer
les symptômes. Il réussit même à maintenir son patient en bonne santé pendant
vingt-huit ans ! Ainsi, ce type de glande agit en sécrétant une substance
chimique dans le sang. Cependant, il faudra attendre 1914pour qu’Edward C. Kendall réussisse à isoler 35 grammes d’hormone
thyroïdienne à partir de trois tonnes de thyroïde de bœuf.
Pour la première fois, en 1889,
le médecin français Raphaël Lépine (1840-1919), fondateur de La revue de médecine et des Archives de médecine expérimentale,
expose la conception d’un pancréas à sécrétion interne contrôlant la
concentration sanguine en glucose. Il décrit en outre, en 1895, une forme de
diabète très particulière liée à un défaut de réabsorption du glucose au niveau
des reins. Pour l’anecdote, Raphaël est le frère du célèbre préfet Louis Lépine
dont le fameux concours porte encore aujourd’hui le nom. Mais c’est seulement
en 1893 que l’expérimentation va démontrer, de façon incontestable, l’existence
de cette sécrétion interne quand Hédon constate qu’un petit fragment de
pancréas greffé sous la peau d’un chien suffit à empêcher le diabète
expérimental résultant de l’ablation du pancréas. Il remarque, de plus, que l’action
du greffon dépend de sa vascularisation, ce qui conforte la notion de sécrétion
interne, même si les cellules sécrétrices correspondantes restent inconnues.
Diamare, en 1889, et Laguesse,
en 1893, après une étude exhaustive des pancréas de vertébrés, établissent le
lien entre les îlots décrits par Langerhans en 1869 et l’action antidiabétique
du pancréas. Pourtant, à l’époque, beaucoup de spécialistes
restent convaincus de la primauté des régimes alimentaires pour soigner le
diabète sucré. Il faut dire qu’à l’occasion de la famine due au siège de Paris
en 1870, Apollinaire Bouchardat (1806-1886), pharmacien et chimiste français,
avait déjà remarqué que le rationnement alimentaire, de même que l’exercice
physique, se traduisait par une disparition de la glycosurie chez les
diabétiques. Mais si ce régime se révèle efficace chez les adultes diabétiques,
il n’empêche pas de mourir les enfants. Ceci conduit le médecin français
Étienne Lancereaux (1829-1910) à distinguer, en 1870, le diabète juvénile
maigre du diabète gras de l’adulte, ce qui correspond à la classification
actuelle en diabète de type I (diabète insulinodépendant) et de type II (diabète
non insulinodépendant).
Les nouvelles idées sur les glandes à sécrétion
interne conduisent à diverses tentatives pour obtenir un extrait de pancréas
doué d’action antidiabétique. Les expériences deviennent plus faciles à
interpréter car le dosage du glucose sanguin et urinaire est devenu nettement
plus fiable. En 1906, Ludwig Zuelzer
utilise un extrait de pancréas de lapin pour traiter le coma diabétique et, 10
ans plus tard, un médecin roumain, Nicolas
Paulescu, parvient à traiter un chien diabétique avec un extrait
alcoolique de pancréas qu’il appelle Pancréine. Malgré la confirmation de ces résultats, en 1919, par Kleiner et Meltzer, ils restent controversés.
En effet, certains extraits, vraisemblablement contaminés, sont toxiques.
D’autres produisent des effets secondaires importants voire des états de choc. On
se rend compte que, lors des tentatives d’extraction d’un hypothétique principe
antidiabétique, les enzymes du suc pancréatique détruisent la plupart des substances
de l’extrait.
La découverte de l’insuline
L’avancée décisive se produit en 1921 quand, à la
lecture d’un article mentionnant que la ligature du canal pancréatique entraîne
la destruction des cellules qui sécrètent le suc pancréatique mais pas celles
des îlots de Langerhans, Grant Banting (1891-1941), un canadien maître de
conférences en physiologie, écrit dans son carnet : « ligaturer le
canal pancréatique de chiens. Attendre six à huit semaines. Prélever et
extraire ». En juillet 1921, il obtient du professeur Mc Leod (1876-1935),
physiologiste à l’université de Toronto, les moyens de tester son hypothèse. Un
jeune diplômé canadien, Charles Herbert Best (1899-1978) lui est adjoint pour
réaliser les dosages de glucose dans le sang et l’urine des chiens en
expérience. Malgré la perte de plusieurs animaux, notamment en raison
d’infections, c’est un succès. Mc Leod apporte tout son soutien au projet
d’isolement de l’« isletine » qui deviendra l’insuline. Un autre
chercheur canadien, James Bertram Collip (1892-1965), se joint à l’entreprise. L’équipe
utilise aussi du pancréas embryonnaire parce qu’il ne produit quasiment pas de
suc digestif. Diverses méthodes d’extraction et diverses méthodes
d’administration (orale, intraveineuse, sous cutanée) sont aussi testées et Collip
introduit la mesure de l’acétone sanguine et du glycogène hépatique pour suivre
la réponse du foie aux injections d’extrait pancréatique. C’est encore lui qui découvre,
en 1922, une méthode de précipitation progressive des extraits pancréatiques par
l’alcool permettant une purification suffisante pour ne pas provoquer d’effets
secondaires. Les essais cliniques vont alors se multiplier et les résultats
sont positifs.
C’est le nom de Leonard Thompson qui restera dans l’histoire. Il est le premier être humain à
recevoir une injection d’extrait pancréatique contenant de l’insuline.
Ce jeune homme de 14 ans, hospitalisé avec une glycémie de 5 g/L et émettant 3 à 5 litres d’urine par jour, reçut des extraits
purifiés de pancréas qui firent passer l’élimination quotidienne de glucose par
les urines de 100 g
à 7,5 g.
En mai 1922, la découverte de l’insuline est annoncée officiellement par Mc
Leod. Fait exceptionnel consacrant l’importance de cette découverte, le prix
Nobel est attribué dès l’année suivante à Mc Leod et Banting. Tout aussi
exceptionnelle est la volonté affichée de ces derniers de partager leur prix
avec Best et Collip qui n’ont pas été récompensés par le comité Nobel.
La même année, Murlin et Kimball postulent la
sécrétion, par le pancréas endocrine, d’une hormone aux effets antagonistes de
ceux de l’insuline, pour laquelle ils proposent le nom de glucagon. Mais c’est seulement en 1954 que
le glucagon est isolé sous forme cristallisée par A. Staub qui démontre que, à
l’instar de l’insuline, il s’agit d’une protéine. D’autres hormones provoquent
la libération de glucose par le foie, comme l’adrénaline et les
glucocorticoïdes, hormones libérées en cas de stress. Mais le couple
antagoniste insuline – glucagon joue un rôle essentiel dans le contrôle de la
glycémie parce qu’il est mis en jeu directement par les cellules sécrétrices
elles-mêmes qui mesurent en permanence la concentration sanguine en glucose.
Lorsque la glycémie augmente, après un repas, c’est l’insuline,
hypoglycémiante, qui est sécrétée, lorsque la glycémie diminue, lors d’un
exercice, c’est le glucagon, hyperglycémiant, qui est sécrété.
De la recherche fondamentale à la production industrielle
Dès l’année 1923, aux
États Unis, les laboratoires Eli Lilly commencent à produire industriellement
l’insuline extraite de pancréas de bœuf et de porc. Elle est obtenue sous forme
cristallisée par Abel
en 1926 et sa structure tridimensionnelle est établie par cristallographie aux
rayons X en 1935. Pourtant, la séquence des acides aminés de
cette hormone protéique ne sera révélée qu’en 1954 par Frederic Sanger. C’est
la première fois qu’est déterminée la séquence des acides aminés constituant
une protéine, prouesse scientifique qui lui vaut le prix Nobel de chimie
en 1958. Sanger recevra de nouveau en 1980 le prix Nobel de chimie pour avoir établi
la première séquence complète de l’ADN d’un génome, celui du virus
bactériophage lambda. Seules trois personnes au monde ont reçu deux fois le
prix Nobel.
Si une insuline de synthèse est obtenue
en 1964 par Panatotis et Kastoyannis, à l’université de Pittsburgh (USA), c’est
davantage un exploit technique qu’une avancée commerciale, en raison de son
coût. On découvre aussi d’autres substances qui peuvent aider à soigner les
diabétiques. Ainsi, dès 1946, les premiers sulfamides hypoglycémiants,
stimulants de la sécrétion d’insuline destinés aux diabétiques de type II (non
insulinodépendants), sont découverts lorsque l’on remarque que leur
administration, en tant que bactériostatiques, entraîne une hypoglycémie.
L’insuline
extraite de pancréas de bœuf
et de porc permettra de changer la vie de millions de
diabétiques de type I et de faire la fortune des laboratoires
qui la produisent. D’autres formes vont
être mises au point au cours des années
suivantes, comme l’insuline à
action prolongée permettant de limiter le nombre d’injections
et, plus récemment,
l’insuline ultra rapide. En 1940, la société qui
deviendra Bayer, met au point la première bandelette de détection du glucose
urinaire. Dans les années suivantes, d’autres progrès techniques vont améliorer
la vie des diabétiques de type I. Arthur
E. Smith invente la seringue jetable et Roehr Products commercialise vers 1955 les premières seringues
jetables en plastique sous le nom de Monoject.
Cette idée fera aussi la fortune de Becton
Dickinson, une firme américaine qui deviendra le plus gros producteur de
seringues jetables. Des autopiqueurs, des lecteurs automatiques de bandelettes
pour la mesure du glucose sanguin sont aussi développés et, plus récemment, des
pompes à insuline portables.
La qualité de l’insuline d’extraction
s’améliore au cours des années : dans les année 1970, l’insuline de porc
est humanisée en modifiant le seul acide aminé qui la distingue de l’insuline
humaine. En 1978, les laboratoires Eli Lilly réussissent le clonage du gène
humain de l’insuline, étape importante pour produire de l’insuline par génie
génétique. En 1982, la première insuline humaine obtenue par expression du gène
humain dans une bactérie, apparaît sur le marché. Contrairement aux insulines
extraites de pancréas animaux, celle-ci est véritablement de l’insuline humaine.
En 1986, les laboratoires Novo choisissent
la levure Saccharomyces cerevisiae plutôt
que le colibacille pour exprimer le gène humain de l’insuline et obtenir l’hormone
industriellement.
Et demain ?
D’autres travaux de recherche fondamentale menés à partir des
années 1970 ont d’abord permis de localiser les récepteurs à insuline à la
surface des cellules cibles du foie et du muscle, en marquant l’insuline
radioactivement. On a découvert ensuite qu’il s’agit d’une famille de
récepteurs – enzymes, inconnus jusque là, appelés récepteurs à tyrosine kinase,
dont on sait aujourd’hui qu’il en existe une large variété, plus de cinquante,
répartis en une vingtaine de familles différentes. Lorsqu’ils se lient à
l’insuline, les récepteurs déclenchent une cascade d’événements
intracellulaires aboutissant à la modulation de diverses enzymes et de gènes.
Les récepteurs passent ensuite à l’intérieur de la cellule cible où ils sont
recyclés. Aujourd’hui, les recherches portent notamment sur de nouvelles
molécules, ciblant de façon de plus en plus fine les récepteurs, comme certains
analogues de l’insuline. Parallèlement, de nouveaux traitements médicaux des
séquelles du diabète, comme les complications ophtalmologiques et rénales ont
été mis au point ainsi que la greffe du pancréas. Aujourd’hui, les personnes atteintes de diabète
sont très nombreuses car les connaissances accumulées dans ce domaine
permettent, le plus souvent, de les garder en vie alors que, dans le passé, leur
espérance de vie était souvent limitée. Elles espèrent cependant que les
progrès vont continuer pour atténuer les effets et les séquelles de l’affection.
1. Comment montrer la présence de glycogène dans le foie ?
Le glycogène est une macromolécule, un polymère de
glucose, présent
chez de nombreux animaux et chez les champignons. Il constitue
une forme de stockage du
glucose. Chez les vertébrés, le foie est le principal site de
stockage du glycogène avec les muscles. La structure moléculaire du glycogène est proche
de celle de l'amidon, forme de stockage du glucose rencontrée
chez
les végétaux chlorophylliens, ce qui lui a valu d'être longtemps
qualifié d'amidon animal.
L'iode se fixe aux polymères du glucose en formant un complexe
coloré. Avec l'amidon le complexe est bleu-violacé tandis
qu'avec le glycogène, il est brun-acajou.
Le liquide de broyage d'un fragment de foie contient du
glycogène qui peut être mis en évidence directement
par la coloration brune qu'il donne avec l'iode.
Matériel
Un peu de foie frais ou congelé (boeuf, porc, veau, volaille). Un cube de 3 cm de
côté suffit. Petits ciseaux ou lame de rasoir. Soucoupe.
Eau iodée, teinture d'iode ou n'importe quel désinfectant
à base d'iode, type Bétadine®. Filtre à
café, entonnoir, flacon (pot de yaourt), 2 tubes, pilon ou
petite cuillère.
Comment procéder ?
Réduire l'échantillon de foie en
purée en le découpant finement avec les ciseaux
directement dans la soucoupe. Si on utilise une lame de rasoir, hacher
finement l'échantillon sur une planchette.
Récupérer la purée dans un récipient.
Ajouter un peu d'eau et écraser les fragments de foie autant que
possible avec une petite cuillère ou un pilon. Filtrer le broyat
et verser le filtrat dans un tube. Verser le même volume d'eau
dans l'autre tube. Ajouter quelques gouttes de la solution iodée
dans chaque tube et mélanger par retournement en bouchant avec
le pouce.
Résultats
L'eau prend la couleur jaune de l'iode libre tandis que
l'extrait de foie montre une coloration brune caractéristique du
glycogène. La même démonstration est possible sur
du muscle ou sur des mollusques (huître, moule).
Selon l'origine
du foie et la date de l'abattage, la quantité de
glycogène présent dans les cellules du foie est
extrêmement variable.
Extrait de foie de poulet + solution iodée à gauche ; eau + solution iodée à droite
2. Observer les cellules du foie qui stockent le glycogène
Dans les cellules du
foie, le glycogène forme des granulations qui se colorent en
brun en présence d'iode. En étalant des cellules de foie
frais provenant du boucher (le foie congelé ne convient pas, les
cellules sont détruites) dans une solution contenant de l'iode
(teinture d'iode, eau iodée) on peut observer au microscope les
granulations de glycogène.
Matériel
Microscope, foie frais (lapin, mouton, porc, génisse,
veau, poulet, etc.), couteau, lames de microscopie, lamelles, teinture d'iode ou eau iodée,
glycérol (glycérine), compte gouttes.
Comment procéder ?
Couper un petit morceau de foie et gratter avec la pointe du couteau la surface
de la section de façon à déposer sur une lame de microscope
un échantillon de la taille d'une tête d'allumette.
Dissocier au maximum l'échantillon avec le couteau pour séparer les cellules puis recouvrir d'une goutte
de colorant, eau
iodée ou teinture d'iode (pour colorer le glycogène).
Laisser agir environ une à plusieurs minutes (faire des tests).
Déposer une goutte de glycérine (glycérol) et bien mélanger avec
la pointe du couteau. Le glycérol évite l’évaporation du milieu
de montage.
Poser une lamelle sur l’échantillon et placer l’ensemble sur une
feuille de papier essuie-tout qui servira à essorer le trop plein de liquide.
Utiliser une autre feuille pour presser sur la lamelle en effectuant quelques mouvements latéraux de façon
à dissocier les cellules en prenant garde de ne pas casser la lamelle.
Si nécessaire, essuyer la surface de la lamelle.
Observer
au microscope à faible grossissement pour rechercher les
régions de la préparation où les cellules
sont dissociées et suffisamment colorées.
Selon l'origine
du foie et la date de l'abattage, la quantité de
glycogène présent dans les cellules du foie est
extrêmement variable.