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 SE SOIGNER AVEC DE L'EAU
 

Les hommes ont toujours cru trouver des correspondances entre leur corps et les événements cosmologiques. C'est ainsi que furent inventées la "loi" des signatures ou la "loi" des semblables. La première attribuait des pouvoirs spécifiques à quelque chose en fonction de sa ressemblance avec une autre chose : ainsi, la racine de Mandragore était considérée comme ayant un pouvoir magique car elle a (très vaguement) la forme du corps humain. D'après la seconde, certaines substances étaient considérées comme des médicaments car elles donnaient des symptômes apparentés à ceux d'une maladie ("simila similibus curantur", les semblables sont soignés par les semblables disait-on).

A l'époque d'Hippocrate (460-377 avant notre ère), voire à celle de Paracelse (1493-1541) il n'était pas risible de croire à de telles "lois". Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les médecins aient eu plutôt mauvaise presse jusqu'au XVIIIème siècle car leurs méthodes thérapeutiques guérissaient plus souvent définitivement de la vie que des maladies.

Au siècle des lumières, ce type de croyance relevant d'une mentalité magique, pré-logique, s'estompa : avec des savants tels que Lavoisier, Réaumur ou Spallanzani et des médecins tels que Jenner et Laennec, l'expérimentation et son interprétation rationnelle prirent le pas sur la magie ou l'alchimie. Dès lors, les méthodes scientifiques se développèrent et la masse des connaissances accumulées depuis, ainsi que leur caractère opératoire, notamment en médecine (vaccinations, asepsie, antibiotiques etc.) en prouvent largement la validité. Cette rubrique en retrace inlassablement l'histoire.

Pourtant, malgré le développement en médecine de méthodes véritablement scientifiques, un homme alla à contre-courant du rationalisme et fit des émules dans le monde entier. Etonnamment, son influence s'exerce encore à notre époque dans certains pays dont la France. Cet homme, Samuel Hahnemann (1755-1843), exerça la médecine d'abord en Allemagne puis à Paris. On raconte que, frappé par les propriétés du quinquina, plante ayant la propriété de faire baisser la fièvre chez les personnes atteintes de fièvre intermittente (en fait, le paludisme) mais aussi susceptible de donner la fièvre à une personne saine, il "retrouva" la prétendue loi des semblables. Il en fit le fondement d'un nouveau corps de doctrine thérapeutique.

Selon Hahnemann, il y a une analogie entre la maladie et son remède puisque le quinquina donne la fièvre à un homme qui n'est pas atteint de malaria. En réalité, on sait aujourd'hui que la malaria est due à un parasite, le Plasmodium, découvert en 1880 par le médecin français Alphonse Laveran, prix Nobel de médecine en 1907. Or, si la quinine fait baisser la fièvre, c'est parce qu'elle est toxique pour le parasite et non en raison d'une soi-disant loi de similitude. Enfin, si l'extrait de quinquina dont la quinine fut isolée en 1820, c'est à dire du vivant d'Hahnemann, par deux pharmaciens français Joseph Caventou (1795-1877) et Pierre Pelletier (1788-1842), donne des symptômes ressemblant à ceux de la malaria, c'est à des doses toxiques, sans commune mesure avec les doses thérapeutiques efficaces contre le paludisme.

Ainsi, les travaux de Hahnemann reposent sur des prémisses totalement fausses : lorsqu'il formule sa doctrine en 1810 (Exposé de la doctrine homéopathique : Organon de l'art de guérir), on ignore aussi bien la cause de la fièvre intermittente que le mode d'action de la quinine.

Le plus étonnant n'est peut-être pas qu'un homme de cette époque ait eu des idées aussi fumeuses car toutes les époques ont fourni leur lot d'illuminés croyant révolutionner les connaissances. Mais qu'il ait fait autant d'émules jusqu'à notre époque, y compris dans le corps médical, reste difficile à comprendre.

Les substances naturelles utilisées à l'origine en médecine étaient souvent très toxiques (arsenic, belladone, mercure etc.) et provoquaient plus souvent une aggravation de l'état du malade que sa guérison. Hahnemann remédia à cet inconvénient, non en abandonnant ses méthodes comme l'aurait fait toute personne sensée mais en diluant les substances jusqu'à obtenir des concentrations infinitésimales. Au moins, le médicament à ces dosages ne risquait plus d'aggraver le sort des malades. Il affirma alors, contre toute logique élémentaire, que l'activité du médicament augmente avec la dilution !

Pourtant, comme nous le savons maintenant, au delà d'une certaine dilution il n'existe plus aucune molécule de substance médicamenteuse dans la solution. Et ce n'est pas la fameuse affaire de la prétendue "mémoire de l'eau" appelée aujourd'hui en renfort par l'homéopathie qui pourrait y changer quelque chose : il n'y a pratiquement pas d'eau non plus dans les granules homéopathiques.

Nous savons calculer le nombre de molécules d'un corps donné présentes dans une solution en fonction de la masse de substance qui y a été placée. Par exemple, un demi gramme de quinine contient environ 1021 molécules individuelles de cette substance. Or, si une concentration sanguine déterminée en quinine, c'est à dire un nombre donné de molécules de quinine par litre de sang, permet de tuer les Plasmodium, une dilution de quinine supérieure à 1/1021 ne comportera pas la moindre molécule de cette substance et ne risquera pas d'inquiéter le parasite et de faire baisser la fièvre. Il faut savoir que les dilutions homéopathiques sont le plus souvent exprimées en CH numérotés de 1 à 30. CH 1 ("centésimale hahnemannienne 1") représente une dilution au 1/100 de la substance initiale, en général une teinture réalisée à partir d'un extrait dans l'alcool à 70 %. CH 2 représente une dilution au 1/100 de CH 1 soit 1/104, CH3 encore 1/100 de CH 2 soit 1/106 etc. Dans la pratique, au delà de CH 12 (1/1024) il n'y a plus aucune molécule autre que l'eau dans le flacon, eau renouvelée à 99 % à chaque dilution mais absente du granule final simplement imprégné et séché.

Ah ! J'oubliais : entre chaque dilution, le flacon doit être vigoureusement secoué une centaine de fois pour être "dynamisé" : c'est la "succussion". Sans cette opération essentielle, le "médicament" n'aura pas d'activité. C'est une autre des grandes découvertes de Hahnemann...

Ainsi, la plupart des comprimés homéopathiques à partir de CH 12 actuellement fabriqués contiennent uniquement l'excipient qui permet de leur donner une forme de granule. Il s'agit, en général, d'un sucre.

En dehors de ces fondements, la soi-disant loi de similitude, les hautes dilutions et la succussion, la doctrine homéopathique se caractérise par sa dénonciation d'une espèce de complot de la part de la science "officielle" qui refuserait ses résultats par pur dogmatisme ou conservatisme : l'homéopathie se veut révolutionnaire. Outre que la notion de science officielle n'a guère de sens, force est de constater que les partisans de l'homéopathie ont toujours déployé de gros efforts pour la faire accéder à un statut officiel. L'ennui, c'est qu'aucune étude menée selon les critères scientifiques habituels n'a jamais montré la moindre efficacité thérapeutique pour un médicament homéopathique et qu'aucun résultat de recherches en homéopathie n'a jamais été soumis au comité de lecture d'une publication scientifique. Ceci n'empêche pas la sécurité sociale de rembourser en partie consultations et médicaments, ce qui est tout à fait scandaleux. Dans ces conditions, pourquoi la sécurité sociale ne rembourse-t-elle pas aussi les consultations d'astrologie, le denier du culte et l'achat de grigris capables, comme bien d'autres choses, de faire le plus grand bien à certaines personnes ?



EXPERIENCE

REALISONS UNE DILUTION CH 12

Matériel nécessaire

Un morceau de sucre, une bouteille d'eau minérale, un compte-gouttes.

Comment procéder ?

Dissoudre le morceau de sucre dans un verre d'eau (environ 100 mL). C'est la solution-mère. Un morceau de sucre N°4 pèse environ 6 g et la masse moléculaire du sucre est de 340. Cela signifie que notre solution mère contient environ

1022 molécules de sucre car 340 g de sucre contiennent 6.022 x 1023 molécules.

Prélever 1 goutte (soit 30 µL) de la solution mère (soit 3 x 1018 molécules de sucre) et la diluer dans 3 mL (ou 100 gouttes) d'eau : on obtient la CH 1. Reprenons une goutte de la CH 1 dans 3 mL d'eau. Nous obtenons la CH 2. Continuons ainsi en procédant de la même manière jusqu'à obtenir la CH 12. Elle ne contient plus alors de sucre. A partir de la dilution 1022, soit CH11, il ne peut plus y avoir de molécule de sucre dans la solution puisqu'il y avait 1022 molécules au départ.

Vous pouvez consommer votre solution. Bien que le sucre soit extrait de la betterave, ne craignez rien : vous ne vous réveillerez pas demain matin avec une tête de betterave ni avec les symptômes du diabète sucré !

NB Cet article a été publié à l'occasion du premier avril.{ :-))


Amusez-vous bien !

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