SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE
- Série S -
National, septembre 2000
Corrigés
Sujet
Unicité génétique des individus et polymorphisme des espèces
En utilisant vos connaissances, expliquez, dans le cas d’une espèce
diploïde, comment la reproduction sexuée assure le maintien
du nombre de chromosomes au cours du cycle de développement.
Votre exposé sera structuré et illustré
Introduction
On appelle cycle de développement la succession des étapes
suivies par les organismes depuis la formation de l'œuf jusqu'à
l'état adulte et la formation d'une nouvelle génération
à partir des gamètes parentaux. Chaque espèce est
caractérisée par un nombre déterminé de chromosomes
et chez les espèces diploïdes à reproduction sexuée,
ce nombre est pair car tous les individus sont issus d’un œuf formé
par la fusion des gamètes mâle et femelle qui apportent un
même nombre haploïde de chromosomes. Le nombre de chromosomes
est maintenu constant par deux mécanismes complémentaires,
la méiose qui assure la production de gamètes haploïdes
et la fécondation qui aboutit à la formation d’un zygote
diploïde. Après une présentation générale
du cycle de développement et du cycle chromosomique, nous examinerons
plus en détails ces deux événements fondamentaux.
Cycle de développement et cycle chromosomique
Tous les organismes à reproduction sexuée sont formés
de cellules diploïdes descendant de l’œuf ou zygote dont le noyau
comporte 2n chromosomes, homologues deux à deux car ils proviennent
pour moitié du gamète mâle et du gamète femelle,
cellules haploïdes, c’est à dire qui possèdent n chromosomes.
Au cours de la vie d'un organisme on peut donc distinguer deux phases successives,
une phase haploïde ou haplophase et une phase diploïde ou diplophase.
La transition entre diplophase et haplophase se fait à travers la
méiose tandis que la transition entre haplophase et diplophase se
fait à travers la caryogamie ou fusion des noyaux, à l'issue
de la fécondation. Selon les organismes, l'importance relative des
deux phases diffère. Chez les animaux, la diplophase est prédominante
tandis que de nombreux champignons ont un cycle à haplophase prédominante.
Le schéma ci-dessous résume le cycle de développement
d'un mammifère.



Sujet
Fonctionnement d’un système de régulation
À partir de l’étude des documents suivants et de vos connaissances, montrez comment le taux de LH est régulé au cours de la phase folliculaire d’un cycle sexuel normal chez une femelle de mammifère.
Introduction
Les variations du taux des gonadostimulines hypophysaires, en particulier
celui de l’hormone lutéinisante (LH) dont le pic sécrétoire
déclenche l'ovulation, sont contrôlées par un mécanisme
fondé sur des boucles de régulation hormonale entre l’ovaire
et l’axe hypothalamohypophysaire. Nous montrerons que la sécrétion
tonique de LH est maintenue à un taux sensiblement constant par
une boucle de rétroaction négative entre ovaire et hypophyse
tandis que le pic sécrétoire (sécrétion phasique)
résulte d’une rétroaction positive.
Document 1
Le document 1 montre les variations de la concentration plasmatique
de LH (gonadostimuline hypophysaire), et d’œstrogènes (hormones
ovariennes) au cours d’un cycle chez le Macaque femelle. La phase folliculaire
est marquée par une lente diminution du taux de LH qui passe de
5 ng.mL-1, au premier jour des règles (correspondant au premier
jour du cycle) à une valeur proche de zéro à J11.
Parallèlement, le taux d’œstrogènes passe d’une valeur proche
de zéro à 100 pg.mL-1. À J12, on constate que la sécrétion
des deux hormones présente un pic atteignant 38 ng.mL-1 et 300 pg.mL-1
respectivement.
La lente diminution du taux de LH avant le pic de sécrétion
est due à l’action inhibitrice exercée par les oestrogènes
sur l’activité de l’axe hypothalamohypophysaire tandis que le pic
sécrétoire est dû à une rétroaction positive
exercée par ces mêmes oestrogènes lorsque leur concentration
dépasse le seuil de 100 pg.mL-1. Le document 2 en apporte la démonstration
expérimentale.
Document 2
La perfusion d'œstradiol chez une femelle ovariectomisée maintient
de t0 à t1 une concentration plasmatique d'environ 60 pg.mL-1. On
observe au cours de la perfusion une diminution progressive de la concentration
plasmatique en LH similaire à celle observée physiologiquement.
Ceci confirme que des concentrations modérées d'œstradiol
exercent un rétrocontrôle négatif sur l'axe hypothalamohypophysaire
aboutissant à une diminution de la sécrétion de gonadolibérine
hypothalamique (Gn-RH) et de LH. En revanche, l'injection d'une forte dose
d'œstradiol au temps t1 se traduit par une augmentation considérable
de sa concentration plasmatique qui passe à près de 600 pg.mL-1
et est suivie deux jours plus tard d'un pic sécrétoire de
LH atteignant 35 ng.mL-1, valeurs proches des valeurs des pics physiologique.
En effet, la rétroaction négative exercée par l'œstradiol
sur l'axe hypothalamohypophysaire s'inverse au moment où sa concentration
augmente brusquement et l'œstradiol exerce alors une rétroaction
positive qui active considérablement l’axe hypothalamohypophysaire
et donc l’ovaire. Il y a alors amplification brusque de la sécrétion
de LH.
Conclusion
Les variations cycliques de la concentration de LH chez le Macaque
comme chez les autres Primates sont contrôlées par les interactions
entre axe hypothalamohypophysaire et ovaires. Par leur action, notamment
sur la sécrétion de Gn-RH par l'hypothalamus et sur l’hypophyse,
les hormones ovariennes contrôlent la sécrétion de
LH par l'hypophyse. Les œstrogènes en concentration modérée
l'inhibent avant l’ovulation tandis qu’une forte augmentation stimule la
sécrétion de LH ce qui déclenche l'ovulation.
Sujet
Histoire et évolution de la Terre et des êtres vivants
En mettant en relation les informations apportées par l’étude des documents 1 à 4, argumentez l’existence d’une crise à la limite entre le Permien et le Trias.
Introduction
On qualifie de crise en géologie de courtes périodes
(par rapport aux temps géologiques) au cours desquelles les indices
paléontologiques montrent une disparition massive d’espèces
dans des milieux différents à l’échelle mondiale.
Ces extinctions massives résulteraient d’importantes modifications
écologiques incompatibles avec la survie de nombreuses espèces.
Document 1
Le document 1 montre que le taux d’extinction des animaux marins a
varié relativement régulièrement avec de brusques
augmentations correspondant aux grandes divisions des temps géologiques
et qu’il diminue globalement depuis l’ère primaire. La limite Permien
– Trias, notamment, est marquée par le plus fort taux d’extinction
observé entre le Primaire et le Tertiaire. Ce taux global correspond
à l’extinction de groupes entiers vivant dans des milieux différents
comme le montrent les documents suivants.
Document 2
Parmi les principaux groupes d’invertébrés, certains
disparaissent totalement comme les trilobites (100 %), d’autres presque
totalement comme les crinoïdes et les coraux (environ 70 %), d’autres
sont moins affectés comme les brachiopodes et les bryozoaires (environ
50 %) ou moins rapidement (ostracodes, ammonoïdes, foraminifères).
Même si la majorité des invertébrés montre une
augmentation du pourcentage d’extinction à la fin du Permien, certains
groupes ne semblent pas particulièrement affectés comme les
bivalves et les spongiaires. En revanche, les documents 3 et 4 montrent
que tous les milieux sont touchés.
Document 3
L’évolution du nombre de genres de plantes terrestres du Dévonien
au Crétacé est marquée par une augmentation globale
de 0 à 30 malgré quelques périodes de recul. À
la limite Permien Trias, il y a 248 millions d’années, on constate
une chute d’un tiers du nombre de genre de 15 à 10. Cette disparition
de plantes terrestres est donc contemporaine de celle de nombreux groupes
d’invertébrés suggérant qu’elles peuvent résulter
d’une cause commune. Le document 4 apporte un argument supplémentaire.
Document 4
L’évolution du nombre de genres de vertébrés terrestres
montre une chute de 38 à 18 de la fin du Permien au début
du Trias sur une période d’une vingtaine de millions d’années.
Celle du nombre de reptiles passe de 28 à 12 sur cette période
tandis que celle des amphibiens passe de 10 à 4 en un temps moitié
moins long. Ainsi, non seulement de nombreuses espèces d’invertébrés
marins et de plantes terrestres disparaissent mais aussi des vertébrés
terrestres sur une période courte à l’échelle géologique.
Conclusion
La disparition au cours d’une même période, relativement
brève à l’échelle des temps géologiques, de
nombreuses espèces dans les milieux les plus divers est interprétée
comme l’indice d’une crise majeure pour le monde vivant. Ce type d’événement
sert à marquer les grandes divisions des temps géologiques
car on les observe à l’échelle mondiale. Ceci permet d’obtenir
des points de repère universels dans les temps géologiques.
Sujet
En mettant en relation les informations apportées par les documents,
montrez que les phénomènes actuels permettent de mieux comprendre
les phénomènes anciens.
Votre explication s’appuiera sur l’exploitation des données
chiffrées.
Introduction
L’actualisme, appelé aussi théorie des causes réelles,
postule que certains phénomènes géologiques anciens
résultent des mêmes causes que les phénomènes
géologiques comparables qui se produisent aujourd’hui. C’est pourquoi
nous nous appuierons sur les phénomènes géologiques
actuels présentés dans le document 1 pour expliquer les phénomènes
géologiques passés présentés dans les documents
2 et 3 qui correspondent respectivement à des phénomènes
sédimentaires et tectoniques.
Phénomènes sédimentaires
Le document 2 présente deux colonnes stratigraphiques établies
à Thouars et Montalembert, deux localité des Deux-Sèvres
distantes d’une centaine de km. Ces deux colonnes reconstituent les archives
sédimentaires formées au cours d’une période de quelque
2,6 millions d’années (Ma) de l’ère secondaire alors que
la région était recouverte par la mer au niveau du plateau
continental. Cette période correspond à une partie du Toarcien,
un étage du Jurassique dont le stratotype doit son nom à
la localité de Thouar.
Bien que les deux colonnes correspondent à une même durée
et comportent les mêmes horizons biostratigraphiques, elles diffèrent
par la nature des roches et par l’épaisseur des dépôts
(3,5 m à Thouars, 10 m à Montalembert) ce qui amène
à se poser la question des conditions de leur formation.
Les quatre premiers horizons (VIII à XII) qui correspondent
au Toarcien moyen sont formés de calcaires dans les deux localités.
À Thouars, il s’agit de calcaires à oolithes ferrugineuses
déposés en environ 1 Ma sur une épaisseur d’un peu
plus d’un mètre et formant des couches bien distinctes. En revanche,
à Montalembert, les horizons VIII, d’une part, et IX et X, d’autre
part, se réduisent à deux couches de calcaires argileux de
30 cm et de 10 cm d’épaisseur respectivement. Les informations du
document 1 permettent d’interpréter ces différences. Si l’on
considère que les mêmes causes produisent les mêmes
effets quelle que soit l’époque géologique, les oolithes
présentes dans les calcaires de Thouars indiquent que ces derniers
se sont formés dans une eau agitée à une profondeur
inférieure à 12 m, c’est à dire à proximité
du rivage ou de hauts fonds. L’épaisseur des couches de calcaires
oolithique varie autour de 20 à 50 cm par 260 000 ans et représente
globalement 1,5 m en 1 Ma ce qui correspond à 1,5 à 2 mm
de calcaire en 1 000 ans selon les couches. À Montalembert, la faible
épaisseur des horizons (40 cm) indique une vitesse de sédimentation
encore plus faible correspondant à des apports sédimentaires
encore plus limités qu’à Thouars vraisemblablement parce
que la zone était plus éloignée de la côte et
plus profonde.
Les conditions de sédimentation se modifient ensuite de l’horizon
XIII à l’horizon XVIII. À Thouars, on observe des bancs marneux
et des bancs calcaires qui se succèdent au cours d’une période
de quelque 1,5 Ma sur une épaisseur de 2 m correspondant à
une vitesse de formation du calcaire quasiment équivalente (1,3
mm/1 000 ans) à celle des horizons précédents. La
présence d’oolithes montre que la zone reste proche de la ligne
de rivage mais les sédiments argileux qui conduiront à la
formation de marnes deviennent proportionnellement plus importants ce qui
traduit une diversification des apports liée à l’érosion
sur le continent ou aux courants. En revanche, à Montalembert, les
couches sont cinq fois plus puissantes puisqu’elles représentent
une épaisseur globale de 10 m. Ceci correspond à une vitesse
de formation des roches cinq fois plus rapide qu’à Thouars. S’agissant
essentiellement de marnes intercalées avec quelques bancs de calcaire
argileux, les informations du document 1 montrent que des boues argilocalcaires
ont dû se déposer sur 40 m d’épaisseur en 1,5 Ma soit
3,3 cm/1 000 ans, une vitesse compatible avec celle de la sédimentation
calcaire actuelle. On peut supposer que les sédiments issus de l’érosion
continentale, d’abord calcaires puis argilocalcaires ne se déposant
que peu à faible profondeur à proximité du rivage
en raison de l’agitation de l’eau et des courants se sont déposés
pour la plus grande partie à une centaine de km de Thouars vers
le large (absence d’oolithes).
La brusque augmentation des sédiments argileux pose un problème.
Un relief dont l’érosion pourrait expliquer les apports argileux
peut-il apparaître en un laps de temps aussi bref à l’échelle
géologique ?
Phénomènes tectoniques
Le document 3 montre que par le passé, on a pu observer la surrection
rapide d’un dôme, celui de Ventura Avenue, constitué en 200
000 à 300 000 ans, qui s’est soulevé de 20 m en 5 500 ans
puisque le niveau de la mer n’a pas varié et que la plus ancienne
terrasse se trouve 20 m au dessus de lui. L’érosion au niveau de
la ligne de rivage a entraîné un apport de sédiments
sur le plateau continental. On observe des vitesses équivalentes
dans les phénomènes actuels dans certains cas puisque entre
1880 et 1970 le massif alpin s’est soulevé de 20 cm. Sur une période
de 5 500 ans, cela représenterait 12 m, une valeur compatible avec
celle estimée pour Ventura Avenue. En outre, l’érosion d’un
massif comme les Alpes produit des sédiments argileux comme ceux
de Thouars et Montalembert qui s’ajoutent aux calcaires à partir
de l’horizon XIII.
Conclusion
Ainsi, les phénomènes géologiques actuels obéissent
à des mécanismes qui ont l’air semblable à ceux gouvernant
les phénomènes passés. Le cycle des roches qui comporte
leur mise en place, leur érosion, le transport et le dépôt
des sédiments, en particulier en milieu marin, et leur transformation
en roches sédimentaires (diagenèse) est aussi ancien que
la Terre elle-même.