SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE
- Série S -
Inde, avril 2001
Corrigés
Sujet
Histoire et évolution de la Terre et des êtres vivants
Présentez les données paléontologiques qui permettent de comprendre que les caractères anatomiques de l’Homme moderne résultent d’une évolution.
Introduction
L’homme appartient à l’ordre des primates car il possède
un ancêtre commun avec les primates actuels. L’étude des fossiles
qui se sont succédé au cours de quelque 5 millions d’années
d’évolution montre que les caractéristiques anatomiques de
l’homme moderne ont été acquises progressivement dans la
lignée des hominidés. Après avoir rappelé les
caractéristiques anatomiques principales de l’homme moderne, nous
montrerons qu’elles résultent de l’évolution de caractéristiques
présentes chez des représentants fossiles de la lignée
humaine.
1. Les caractéristiques anatomiques de l’homme moderne
L’homme et les grands singes actuels sont les descendants de lignées
de primates qui se sont séparées il y une douzaine de millions
d’années semble-t-il. Parmi les primates, la lignée humaine
se distingue par un ensemble de caractères anatomiques révélés
par l’analyse des squelettes. Il s’agit principalement de l’acquisition
de la bipédie et de l’augmentation du volume cérébral.
L’acquisition de ces caractéristiques anatomiques semble avoir conditionné
l’évolution du psychisme qui peut être également suivie
par l’étude de l’outillage lithique associé aux restes osseux.
La bipédie se traduit dans le squelette par une colonne vertébrale
à 4 courbures, par un bassin comportant un os iliaque court et large
en relation avec l’insertion des muscles assurant la station debout, par
une articulation du fémur sur le bassin rendant possible la marche
bipède et par la position du trou occipital en rapport avec la position
verticale de la tête. Ces caractéristiques permettent de déterminer
chez les fossiles l’aptitude à la bipédie. Quant au volume
cérébral qui atteint quelque 1500 cm3 chez l’homme moderne
, il peut être mesuré aisément chez les fossiles d’hominidés
par la capacité crânienne. Quelles informations apporte l’étude
de ces caractéristiques chez les fossiles ?
2. L’origine de la bipédie
Les fossiles les plus anciens chez lesquels il est possible d’identifier
les principales caractéristiques de la bipédie sont les australopithèques.
Apparus en Afrique il y a quelque 6 millions d’années (Ma), ils
ont disparu il y a 1 Ma. Leur bassin, leurs membres, la position du trou
occipital indiquent qu’ils étaient bipèdes, mais avec des
différences par rapport à l’homme moderne. Cependant, les
caractéristiques de leur crâne (absence de front, bourrelet
sus orbitaire, prognathisme, faible volume crânien de 400 à
600 cm3) de leur mandibule (en U) et de leurs membres supérieurs
les rapprochent des singes.
La première espèce appartenant au genre Homo, Homo
habilis, est apparue en Afrique il y a 2,4 Ma. Contrairement aux Australopithèques
elle avait une bipédie parfaite. Les bourrelets sus orbitaires et
le prognathisme étaient réduits, le front plus développé
et la capacité crânienne dépassait 800 cm3.
3. Le développement cérébral
Si la capacité crânienne a doublé des australopithèques
à H. habilis, elle a encore doublé entre ce dernier
et l’homme moderne. Chez H. erectus, apparu il y a 1,7 Ma en Afrique
et qui a migré jusqu’en Europe et en Asie, la taille et le poids
se rapprochaient de ceux de l’homme moderne et la capacité crânienne
atteignait 1100 cm3.
Les plus anciens fossiles d’homme moderne, trouvés également
en Afrique, sont datés de quelque 100 000 ans. Leurs caractéristiques
anatomiques, notamment leur capacité crânienne sont identiques
à celles de l’homme moderne actuel.
Conclusion
Ainsi, la paléontologie révèle la succession dans
le temps d’espèces différentes d’hominidés qui semblent
dériver les unes des autres, conservant les acquisitions précédentes
et en présentant de nouvelles. C’est ainsi que des modifications
du plan d’organisation de l’ancêtre commun à l’homme et aux
grands singes a conduit à l’acquisition de la bipédie par
les australopithèques et à son amélioration chez les
hominidés apparus plus tardivement (H. habilis, H. erectus) ainsi
qu’au développement progressif du cerveau, de 400 à 1500
cm3, chaque nouveau genre d’hominidé apparu au cours du temps présentant
une augmentation de la capacité crânienne. Cette évolution
ayant conduit à l’acquisition de l’ensemble des caractéristiques
spécifiques de l’homme moderne dès – 100 000 ans est appelée
hominisation.
Sujet
Unicité génétique des individus et polymorphisme des espèces
Une espèce est un ensemble de populations interfécondes
dont les individus présentent des variations phénotypiques
et génotypiques. On cherche à identifier quelques mécanismes
responsables du polymorphisme dans une population de drosophiles par la
méthode des croisements.
À partir de ces croisements (document) et à l’aide de
vos connaissances, vous montrerez comment les mécanismes de brassage
de l’information génétique au cours de la méiose permettent
d’expliquer la diversité des phénotypes.
Vous vous aiderez de schémas soigneusement annotés.
Introduction
Le polymorphisme d’une population, qui se traduit par une diversité
génotypique et phénotypique, est maintenu essentiellement
par le brassage génétique résultant de la méiose.
L’étude de l’exemple proposé va nous permettre de montrer
qu’il existe deux mécanismes complémentaires, le brassage
interchromosomique et le brassage intrachromosomique.
Croisement n° 1
Lorsque l’on croise une souche sauvage pure, donc homozygote pour les
trois couples d’allèles considérés, avec une souche
mutée, on obtient toujours une F1 de phénotype sauvage. Les
individus F1 sont des hétérozygotes. Si les allèles
mutants ne s’expriment pas chez les hétérozygotes, ils sont
récessifs et les allèles sauvages qui s’expriment sont dominants.
On peut donc écrire :
b+ > b ; c+ > c ; r+ > r .
Dans ces conditions, les croisements n°2 et n°3 sont des croisements
tests entre les doubles hétérozygotes pour deux des trois
gènes et le double homozygote récessif correspondant.
Croisement n° 2
Un croisement test permet de quantifier directement les différents
types de gamètes produits par un hétérozygote puisque
le gamète de l’autre sexe ne porte que les allèles récessifs.
Écrivons le croisement sous forme symbolique.
Phénotypes des parents :
? [b+ c+] x ? [b
c]
Génotypes des parents :
b+ c+//b c x
b c//b c
La descendance présente quatre phénotypes différents
en proportions sensiblement égales deux à deux : [b+ c+]
(36,4 %) ; [b c] (37,0 %) ; [b+ c] (12,9 %) ; [b c+] (13,6
%). À ces phénotypes devraient donc correspondre les génotypes
suivants :
[b+ c+] b+ c+//b c ; [b c] b c//b c ; [b+ c] b+ c//b
c ; [b c+] b c+//b c. Les hétérozygotes ont donc formé
quatre types de gamètes différents dont deux résultant
de la recombinaison des allèles parentaux puisque dans ce croisement,
on observe deux phénotypes nouveaux qui diffèrent de ceux
des parents. Ces phénotypes, [b+ c] et [b c+] représentent
26,5 % des descendants. Si les gènes étaient situés
sur des chromosomes différents, la proportion des quatre types de
gamètes serait la même et il y aurait des proportions voisines
pour les quatre phénotypes. On en déduit que les deux gènes
sont liés, c’est à dire situés sur le même chromosome.
Ceci montre que 26,5 % des gamètes sont issus d’un processus de
recombinaison intrachromosomique lors de la prophase de la première
division méiotique comme indiqué sur le schéma ci-dessous.
Les autres gamètes n’ont pas subi de recombinaison et gardent donc
les combinaisons d’allèles parentales.

Lorsque les gamètes recombinés rencontrent les gamètes
du double homozygote récessif, on obtient les proportions observées
dans le croisement n° 2.
Croisement n°3
Écrivons le croisement sous forme symbolique.
Phénotypes des parents :
? [c+ r+] x ? [c
r]
Génotypes des parents :
c+ r+//c r x
c r//c r
La descendance présente quatre phénotypes différents
en proportions sensiblement égales à 1/4 :
[c+ r+] (24,5 %) ; [c r] (25,5 %) ; [c r+] (24,8 %) ; [c+ r]
(25,1 %). À ces phénotypes devraient donc correspondre les
génotypes suivants compte tenu des dominances :
[c+ r+] c+ r+//c r ; [c r] c r//c r ; [c r+] c r+//c
r ; [c+ r] c+ r//c r.
Chaque type de gamètes ayant la même probabilité
d’être formé, les deux gènes sont situés sur
des chromosomes différents. Les allèles sont redistribués
indépendamment lors de la méiose illustrant le brassage interchromosomique
selon le schéma ci-dessous.

Sujet
Quelques aspects du fonctionnement des centres nerveux
L’anxiété est un état de malaise psychique fréquemment
accompagné de convulsions musculaires. Ces convulsions correspondent
à des contractions brusques et inopinées des muscles squelettiques,
localisées ou généralisées à tout le
corps. L’existence de ces troubles – ainsi que leur absence dans les conditions
normales – montre que les neurones directement responsables de la contraction
musculaire sont soumis à des influences diverses qui assurent une
régulation de leur activité. On s’intéresse aux mécanismes
qui contrôlent l’activité d’un neurone médullaire.
Exploitez les informations fournies par les documents 1, 2, 3 pour
proposer une explication à l’apparition des symptômes musculaires
de l’anxiété.
Introduction
Les contractions des muscles striés squelettiques sont commandées
par l’activité des motoneurones présents dans la corne antérieure
de la substance grise de la moelle épinière. L’analyse des
documents proposés montre que des circonstances pathologiques comme
l’anxiété peuvent dérégler certains des mécanismes
de contrôle de ces neurones provoquant ainsi des convulsions musculaires.
Document 1
Le document indique que l’administration de picrotoxine à l’animal
reproduit les convulsions musculaires associées à l’anxiété.
Le fait que la picrotoxine soit un antagoniste du neurotransmetteur GABA
suggère que les symptômes musculaires de l’anxiété
pourraient être liés à un déficit en GABA dans
le système nerveux central. Les expériences présentées
dans les documents 2 et 3 permettent de soumettre cette hypothèse
à l’expérience.
Document 2
Le document 2 présente les relations synaptiques entre les terminaisons
axonales des neurones présynaptiques 1 et 2 et un motoneurone médullaire
postsynaptique. Les enregistrements obtenus montrent que les neurones 1
et 2 ont des effets opposés sur le potentiel membranaire du motoneurone
et donc sur son activité. La stimulation du neurone 1 provoque une
hyperpolarisation du motoneurone dont le potentiel transmembranaire passe
transitoirement de – 70 mV à – 90 mV. Il s’agit d’un potentiel postsynaptique
inhibiteur (PPSI) qui ne se propage pas puisque aucune variation de potentiel
n’apparaît au niveau de l’axone du motoneurone. Le neurone 1 est
un neurone inhibiteur du motoneurone. En revanche, la stimulation du neurone
2 provoque une dépolarisation, le potentiel membranaire passant
de – 70 mV à – 30 mV. C’est un potentiel postsynaptique excitateur
(PPSE). Ce PPSE déclenche l’émission d’un potentiel d’action
le long de l’axone du motoneurone. Il s’agit d’une brusque dépolarisation
d’une centaine de mV d’amplitude qui se propage le long de l’axone. Le
neurone 2 est donc un neurone excitateur du motoneurone et sa stimulation
déclenche l’émission de potentiels d’action et la contraction
des fibres musculaires connectées au motoneurone (unité motrice).
Lorsque les neurones 1 et 2 sont stimulés simultanément,
le motoneurone intègre ces deux types de signaux opposés.
Il en réalise la somme algébrique (sommation spatiale) et
il en résulte une dépolarisation de – 70 mV à – 55
mV qui ne déclenche pas l’émission d’un potentiel d’action.
On en déduit que le seuil de stimulation du motoneurone est compris
entre – 55 mV et – 30 mV. En effet, une stimulation supplémentaire
par le neurone 2 (sommation temporelle) amène le potentiel membranaire
du motoneurone à – 40 mV ce qui provoque l’émission d’un
potentiel d’action.
Ainsi, tout déséquilibre dans l’activité des neurones
1 et 2 au profit des neurones excitateurs est susceptible de produire les
contractions musculaires intempestives liées à l’anxiété.
Document 3
Ce document montre les effets de deux neurotransmetteurs antagonistes
sur le motoneurone qui reproduisent les mêmes effets que la stimulation
des neurones 1 et 2. Lorsque du GABA est injecté dans la fente synaptique
F1 correspondant à la synapse avec le neurone inhibiteur, il produit
un PPSI similaire à celui obtenu par stimulation du neurone 1. Le
GABA est en revanche sans effet sur la synapse avec le neurone excitateur.
À l’inverse, l’injection d’acétylcholine en F2 produit un
PPSE similaire à celui obtenu par stimulation du neurone 2 alors
qu’elle est sans effet en F1. On en déduit que des récepteurs
postsynaptiques spécifiques du GABA et de l’acétylcholine
sont présents dans la membrane postsynaptique du motoneurone respectivement
en F1 et F2 et qu’ils modulent le potentiel de membrane en fonction de
la quantité de neurotransmetteur reçue.
Conclusion
Si un déséquilibre s’installe entre libération
de GABA et libération d’acétylcholine au niveau du motoneurone
en raison d’une activité accrue du neurone 2 ou d’une baisse d’activité
du neurone 1 d’origine centrale et liée à l’anxiété,
le motoneurone qui intègre ces signaux afférents augmente
son activité produisant ainsi des contractions des fibres musculaires
qu’il innerve.
Sujet
Aspects biochimiques du fonctionnement nerveux
L’ecstasy est une drogue de synthèse, dérivée d’une
amphétamine, dont le principe actif est le MDMA (3-4 méthylène
dioxymétamphétamine). Les effets de l’ecstasy sont décrits
dans le texte ci-dessous :
« … Si la quantité ingérée d’ecstasy est
limitée, le consommateur, euphorique, loquace, ressent un bain de
bonheur. Cette phase peut durer 2 à 4 heures selon la dose et la
sensibilité individuelle. Suit une période de " descente
" souvent marquée par un abattement profond, voire un véritable
syndrome dépressif… Chez le singe, l’ecstasy provoque la destruction
irréversible des neurones. Et chez l’homme, nous sommes en droit
de supposer qu’il y a des destructions neuronales et qu’elles pourraient
être définitives… »
(Science et Avenir – Juillet 1998)
Vous exploiterez les documents 1 et 2 pour expliquer les effets de
l’ecstasy sur l’organisme humain.
Introduction
L’ecstasy produit ses effets, d’abord stimulants puis dépresseurs,
en agissant indirectement sur l’activité des neurones dopaminergiques
impliqués dans le plaisir.
Document 1
La sensation de plaisir, un des effets de l’ecstasy, est liée
à l’activité de neurones à dopamine contrôlés
par des neurones à sérotonine. Les enregistrements montrent
qu’une faible stimulation du neurone à sérotonine provoque
un potentiel postsynaptique excitateur (PPSE) d’une dizaine de mV qui ne
se propage pas à l’axone dopaminergique. En revanche, lorsque le
seuil (- 50 mV) est atteint, le PPSE provoque l’émission d’un potentiel
d’action qui se propage le long de l’axone.
Document 2
Le document 2 présente les effets de l’ecstasy sur les neurones.
En l’absence du produit, les neurones à sérotonine ont une
activité marquée par une fréquence d’émission
moyenne (2 +). Ils synthétisent et libèrent une quantité
de sérotonine (2 +) rapidement inactivée par recapture, la
pompe spécifique présynaptique ayant alors une activité
moyenne (2 +). Il en résulte une fréquence d’émission
du neurone dopaminergique postsynaptique égale à 2 +. À
court terme, la prise d’ecstasy ne modifie ni la fréquence d’émission
du neurone sérotoninergique ni la synthèse de la sérotonine.
En revanche, elle augmente la quantité de sérotonine libérée
et réduit l’activité de la pompe de recapture. Il en résulte
une quantité de sérotonine considérablement accrue
au niveau de la synapse se traduisant par une activation du neurone dopaminergique
dont la fréquence d’émission passe à 4 +. Cette activation
est à l’origine de la sensation de plaisir.
À plus long terme, le neurone sérotoninergique ne libère
plus de sérotonine et cesse de la synthétiser tandis que
l’activité de la pompe de recapture, de toute façon inutile,
s’arrête. Il en résulte une chute de l’activité du
neurone à dopamine puisqu’en absence de sérotonine, il n’est
plus stimulé. Cette baisse d’activité des neurones impliqués
dans la sensation de plaisir est à l’origine de l’état d’abattement
et du syndrome dépressif caractéristiques de la descente.
Conclusion
Ainsi, les effets de l’ecstasy sur l’organisme humain s’expliquent
par les conséquences sur les neurones à dopamine responsables
de la sensation de plaisir de ses effets toxiques sur les neurones sérotoninergiques
qui les contrôlent.