SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE
- Série S -
Centre étrangers 1, juin 2001
Corrigés
Sujet
Unicité génétique des individus et polymorphisme des espèces
En vous appuyant sur un exemple de cycle biologique, montrez comment
est assuré le maintien de la formule chromosomique d’une génération
à l’autre chez un organisme diploïde. Votre exposé sera
illustré de schémas explicatifs en choisissant, pour simplifier,
2n = 6.
Introduction
On appelle cycle biologique la succession des étapes suivies
par les organismes depuis la formation de l'œuf jusqu'à l'état
adulte caractérisé par la production de gamètes à
l’origine d’une nouvelle génération. Chaque espèce
est caractérisée par une formule chromosomique déterminée
qui, chez les organismes diploïdes, comporte un nombre pair de chromosomes
symbolisé par la formule 2n. Après avoir présenté
le cycle biologique des mammifères, nous montrerons dans le cas
d’une formule chromosomique 2n = 6 que le nombre de chromosomes est maintenu
constant au cours des générations par deux mécanismes
complémentaires, la méiose qui assure la production de gamètes
haploïdes et la fécondation qui rétablit l’état
diploïde dans l’œuf.
Un exemple de cycle biologique
Chez les mammifères, tous les individus sont formés de
cellules diploïdes issues par mitoses de l’œuf ou zygote dont le noyau
comporte 2n chromosomes, homologues deux à deux. En effet, les chromosomes
du zygote proviennent pour moitié du gamète mâle et
pour moitié du gamète femelle qui sont des cellules haploïdes,
c’est à dire à n chromosomes. Au cours de la vie d'un mammifère
on peut donc distinguer deux phases successives, une phase haploïde,
représentée par les gamètes et une phase diploïde
qui commence avec la formation de l’œuf. La transition entre diplophase
et haplophase se fait lors de la méiose, mécanisme assurant
la réduction de moitié du nombre de chromosomes dans les
gamètes tandis que la transition entre haplophase et diplophase
se fait lors de la fécondation qui se termine par la fusion des
noyaux des gamètes rétablissant ainsi l’état diploïde
dans l’œuf. Le schéma ci-dessous résume le cycle biologique
d'un mammifère.



Sujet
Histoire et évolution de la Terre et des êtres vivants
De nombreux indices géologiques font penser que la composition
actuelle de l’atmosphère terrestre résulte d’une évolution
à partir d’une atmosphère primitive de composition différente.
À l’aide des informations tirées des deux documents et
de vos connaissances, indiquez quelles sont les principales transformations
de la composition de l’atmosphère au cours du temps.
Introduction
L’atmosphère actuelle est un mélange de gaz comportant
21 % de dioxygène (O2), 78 % de diazote (N2) et des gaz minoritaires,
notamment du dioxyde de carbone (CO2, 0,03 %) et sa composition reste stable
malgré un enrichissement progressif en CO2. Il n’en a pas toujours
été ainsi et l’atmosphère primitive qui s’est mise
en place lors de la formation de la planète avait une composition
très différente. En nous appuyant sur l’analyse des documents
complétée par des connaissances établies, nous montrerons
que le dioxygène était absent initialement et s’est accumulé
d’abord dans les eaux puis dans l’atmosphère avant d’atteindre il
y a quelques centaines de millions d’années sa concentration actuelle
dans l’atmosphère.
Une atmosphère primitive dépourvue d’oxygène moléculaire
On sait que l’atmosphère primitive était une atmosphère
secondaire formée par dégazage du manteau terrestre à
la suite de la formation de la Terre. Elle devait être constituée
essentiellement de N2 et de CO2 et elle était dépourvue de
O2. On sait également que les premières traces de O2 ont
résulté de la photosynthèse réalisée
par les premiers organismes photosynthétiques.
Les cyanobactéries
Le document 2 qui présente une colonne stratigraphique du gisement
de North Pole en Australie révèle que des cyanobactéries
ont existé dès – 3,5 Ga soit environ 1 Ga après la
formation de la Terre. En effet, outre des coulées de basalte, roches
volcaniques, et des dépôts côtiers principalement sableux,
la colonne montre la présence de stromatolites. Or les stromatolites,
dont on connaît des exemples actuels, sont constitués de construction
calcaires résultant de l’activité de cyanobactéries.
Les cyanobactéries étant des procaryotes photosynthétiques,
on en déduit que la photosynthèse a dû faire son apparition
sur la planète il y a 3,5 Ga. Or la photosynthèse produit
du dioxygène et l’on a établi que tout le dioxygène
atmosphérique provient de la photosynthèse. On peut donc
se demander à quelle époque le dioxygène a commencé
à s’accumuler dans l’atmosphère. Le document 1 permet de
répondre à cette question.
Fer rubané
Le document 1 montre la répartition dans le temps des gisements
d’oxyde de fer, Fe2O3, qui se forment lorsque du fer réagit avec
le dioxygène. Les minerais de fer rubané, dont les dépôts
vont de – 2,8 Ga à – 1,8 Ga, constituent les plus riches gisements
de fer au monde. Ce sont des sédiments marins formés par
la précipitation du fer en présence de dioxygène qui
résulte de l’activité de cyanobactéries. Ceci montre
que de – 3,8 Ga à – 1,8 Ga, le dioxygène produit par les
cyanobactéries est resté piégé dans le milieu
marin sous forme d’oxydes de fer. De ce fait, il n’était pas disponible
dans l’atmosphère.
Couches rouges
Contrairement aux dépôts de fer rubané, les couches
rouges sont des dépôts continentaux mais elles se forment
également lorsque le fer résultant de l’altération
chimique des roches précipite en présence de dioxygène
sous forme d’oxyde ferrique. Mais comme il s’agit d’érosion continentale,
la présence de couches rouges traduit la présence de O2 dans
l’atmosphère. Le document 2 montre que les couches rouges ont commencé
à se former il y a 2 Ga lorsque les fers rubanés ont cessé
de se déposer. On en déduit qu’à cette période
le dioxygène a commencé à s’accumuler dans l’atmosphère
ayant saturé le fer disponible dans les océans. On sait par
ailleurs que d’autres indices comme la présence d’uraninite avant
– 2 Ga, un oxyde d’uranium instable en présence de dioxygène,
confirment que la concentration en dioxygène de l’atmosphère
a commencé à augmenter il y a 2 Ga.
Vers l’atmosphère actuelle
On sait que la concentration en dioxygène de l’atmosphère
était de 1 % il y 1,8 Ga. Avec la multiplication des organismes
photosynthétiques et la diminution de la fixation géologique,
ce taux a augmenté progressivement au cours du temps pour atteindre
21 % il y a environ 0,5 Ga. En outre, le dioxygène a permis vers
la même époque la formation d’une couche d’ozone (O3) qui
protège les organismes terrestres du rayonnement UV. Enfin, alors
que le dioxyde de carbone était très abondant dans l’atmosphère
primitive, il est en concentration très faible dans l’atmosphère
actuelle car la plus grande partie en a été fixée
sous forme de carbonates de calcium dans les roches (calcaire) et sous
forme de matière organique fossilisée (charbon, pétrole).
Conclusion
Ainsi, alors que l’atmosphère primitive était dépourvue
de dioxygène et de couche d’ozone et riche en dioxyde de carbone,
l’atmosphère actuelle est riche en dioxygène, comporte une
couche d’ozone et est pauvre en CO2. Cette évolution résulte
principalement des interactions entre atmosphère et biosphère,
notamment à la suite de l’apparition de la photosynthèse.
Sujet
Fonctionnement d'un système de régulation et maîtrise de la reproduction
Chez les Mammifères femelles, on observe des modifications cycliques de la muqueuse utérine. À l’aide des documents présentés, proposez une explication aux variations structurales cycliques observées.
Introduction
Au cours d’un cycle menstruel, l’organisme féminin se prépare
à une éventuelle gestation, notamment par des modifications
de l’utérus. Après une description de ces modifications photographiées
sur le document 2, nous en étudierons le déterminisme hormonal
à l’aide du document 1 et terminerons par le mécanisme d’action
des hormones en utilisant les documents 3 et 4.
Document 2
Les clichés pris au microscope optique à faible grossissement
montrent une coupe d’utérus de rate en phase préovulatoire
et en phase postovulatoire. L’utérus est un organe creux dont la
paroi est formée de couches musculaires (visibles à la périphérie
des clichés) tapissées à l’intérieur par une
muqueuse épaisse, l’endomètre (qui borde la lumière
de l’organe). Pendant la phase préovulatoire, l’endomètre
se développe et son épaisseur augmente atteignant environ
3 mm chez la rate et oblitérant pratiquement la lumière de
l’utérus comme le montre le cliché 2 a. C’est la phase de
prolifération. Le cliché 2 b montre la phase de sécrétion.
L’endomètre se creuse de cryptes et de glandes constituant la dentelle
utérine. Il est alors prêt à recevoir un embryon. Quelle
est la cause de ces modifications de l’endomètre ?
Document 1
Le profil de sécrétion des hormones ovariennes présenté
dans le document permet de distinguer deux phases. Au cours de la phase
préovulatoire qui correspond à la phase proliférative
de l’endomètre, la concentration en oestradiol augmente de plus
en plus rapidement et dépasse 200 pg.mL-1 la veille de l’ovulation
pour diminuer ensuite et se stabiliser autour de 100 pg.mL-1. Au contraire,
la progestérone qui est absente pendant la phase préovulatoire
augmente pendant la phase postovulatoire qui correspond à la phase
sécrétoire de l’endomètre pour atteindre quelque 10
ng.mL-1. Ces profils hormonaux peuvent être mis en relation avec
les modifications de l’endomètre. Dans ce cas, l’œstradiol induirait
la prolifération de l’endomètre tandis que la progestérone
induirait la phase de sécrétion. Les documents 3 et 4 permettent
d’aborder certains des mécanismes d’action de ces hormones.
Document 3
Lorsque l’on injecte de l’œstradiol à une rate ovariectomisée,
l’évolution de certains composés des cellules de l’endomètre
permet de comprendre le mode d’action de l’hormone. On constate qu’une
seule injection de 0,2 µg provoque dans les cellules de l’endomètre
une augmentation considérable des ARN et des protéines, c’est
à dire de la transcription et de la traduction. Ainsi, l’œstradiol
agit sur les cellules directement au niveau du génome puisqu’il
active certains gènes. Ceci est compatible avec une action proliférative
puisque la multiplication des cellules nécessite l’activation de
divers gènes et la biosynthèse de diverses protéines.
Le document 4 permet d’identifier une autre action de l’œstradiol.
Document 4
Le document montre que l’injection d’œstradiol chez une rate ovariectomisée
se traduit par une augmentation progressive de la concentration en récepteurs
à la progestérone au niveau des cellules de l’endomètre.
Ceci montre que pour que la progestérone puisse exercer son action
sur les cellules de l’endomètre (c’est à dire l’entrée
en phase sécrétoire), il est nécessaire qu’elles aient
été en contact auparavant avec de l’œstradiol qui stimule
le gène du récepteur à la progestérone et la
biosynthèse de la protéine correspondante.
Conclusion
Les modifications cycliques de l’endomètre sont dues à
l’action des hormones ovariennes. L’œstradiol a une double action. Il stimule
la prolifération des cellules de la muqueuse utérine en activant
certains gènes et il rend possible l’action de la progestérone
à l’origine de la phase sécrétoire en y activant également
le gène du récepteur à cette hormone. Ainsi, l’action
des deux hormones doit être séquentielle pour être efficace.
Sujet
Fonctionnement d’un système de régulation
La pression artérielle subit des variations dont les causes peuvent
être variées. La diminution du flux sanguin rénal par
rétrécissement, ou sténose, de l’artère rénale
est responsable d’une hypertension forte. Depuis quelques années,
on utilise des substances pharmaceutiques comme le CH66, permettant de
lutter contre l’hypertension.
À partir des documents, expliquez comment agit le CH66.
Introduction
Divers mécanismes nerveux et endocriniens contrôlent la
pression artérielle. Leur connaissance permet la mise au point de
médicaments efficaces pour lutter contre les troubles de la pression
artérielle. L’étude des documents proposés va ainsi
nous permettre d’expliquer au niveau moléculaire l’action du CH66,
un médicament antihypertenseur efficace lorsque l’hypertension résulte
de la sténose de l’artère rénale.
Les conséquences d’une sténose rénale
Le document 1 montre les conséquences de la sténose rénale
sur la sécrétion de rénine. Lorsque le débit
de l’artère rénale est diminué par une sténose,
la sécrétion de rénine par le rein est plus de deux
fois plus élevée par rapport à la sécrétion
normale. C’est donc la pression dans l’artère rénale qui
détermine le niveau de sécrétion de rénine.
Le système rénine-angiotensine
Le document 2 permet d’expliquer la relation entre sténose rénale
et hypertension. En effet, la rénine est une enzyme qui permet la
transformation de l’angiotensinogène en angiotensine I. Lorsque
la concentration sanguine en rénine augmente, il se forme davantage
d’angiotensine I. Or cette dernière se transforme sous l’action
d’une enzyme de conversion en angiotensine II qui a une double action sur
la pression artérielle. D’une part, c’est un puissant vasoconstricteur.
Comme la pression artérielle dépend notamment des résistances
périphériques exercées par les artérioles,
l’angiotensine II est un hypertenseur. D’autre part, elle stimule la sécrétion
d’aldostérone ce qui a tendance à élever la volémie
et donc à augmenter la pression artérielle. Ainsi, l’angiotensine
II est un puissant hypertenseur. Pour diminuer l’hypertension on peut donc
agir directement sur la rénine pour l’empêcher d’exercer son
action.
Mode d’action du CH66
Le document 4 montre que le CH66 se fixe à la rénine
au niveau de son site actif. On en déduit qu’il agit en empêchant
l’enzyme de catalyser la conversion de l’angiotensinogène en angiotensine
I puisqu’il occupe le site actif à la place de l’angiotensinogène.
Ainsi, le CH66 est un inhibiteur de la rénine. Le document 3 permet
de comprendre son mode d’action. L’angiotensinogène est une protéine
formée de nombreux acides aminés. Elle constitue le substrat
de la rénine à laquelle elle se lie par l’intermédiaire
du site actif capable de reconnaître une partie de la séquence
de la protéine. À l’issue de l’action de l’enzyme, un décapeptide
est découpé de la protéine. Or, une partie de la séquence
du CH66 qui est un octapeptide modifié chimiquement, est commune
avec une partie de la séquence de l’angiotensinogène et recouvre
une partie de celle de l’angiotensine. On peut donc supposer que la structure
tridimensionnelle du CH66 est la même que celle de la séquence
correspondante de l’angiotensinogène qui se lie au site actif de
l’enzyme. Ainsi, le CH66 constitue un leurre moléculaire pour la
rénine.
Conclusion
Lorsqu’une hypertension a pour origine un excès de rénine,
il est possible de la soigner avec du CH66 qui, en se fixant au site actif
de la rénine à la place de l’angiotensinogène, empêche
la formation de l’angiotensine I et donc l’augmentation de la pression
artérielle.