Corrigés
Sujet
Histoire et évolution de la Terre et des êtres vivants
Montrez les rôles respectifs de l’innovation génétique
et de la sélection naturelle dans l’évolution des espèces.
Les mécanismes de la reproduction sexuée ne sont pas
attendus.
Introduction
Le patrimoine génétique des êtres vivants subit
des modifications aléatoires qui constituent des innovations génétiques
susceptibles de conduire à de nouvelles espèces. Nous les
étudierons dans une première partie. Toutefois, cette évolution
n’est possible que si la sélection naturelle conserve ces innovations,
ce que nous examinerons dans une seconde partie.
1. L’innovation génétique
Chaque espèce vivante, ensemble des organismes susceptibles
de se reproduire entre eux et d'avoir des descendants interféconds,
est caractérisée par son patrimoine génétique
constitué par l'ensemble des gènes partagés par tous
les individus de l’espèce. Chaque gène correspond à
une séquence déterminée de nucléotides constituant
les molécules d’acide désoxyribonucléique (ADN). Bien
que globalement très stable en raison de la fidélité
des mécanismes de réplication et de l’efficacité des
mécanismes de réparation, l'ADN peut subir des modifications
de la séquence des nucléotides statistiquement rares appelées
mutations. Affectant l’ADN, elles sont donc d'emblée héréditaires.
Divers types de mutations ont été identifiées.
Lorsqu'un seul nucléotide est modifié, on parle de substitution.
Il s'agit d'une mutation ponctuelle qui conduit à la formation d'un
nouvel allèle du gène. Si la protéine codée
par le nouvel allèle voit ses propriétés modifiées,
la mutation peut produire des effets phénotypiques majeurs comme
dans le cas de l'allèle S de l'hémoglobine humaine qui diffère
de l'allèle A par le changement d'un seul nucléotide. Les
conséquences, que nous verrons dans la deuxième partie, dépendent
de la sélection naturelle.
L'innovation génétique peut aussi être liée
à l'apparition de nouveaux gènes, sans modification des gènes
existant. C'est parfois l'ensemble d'un gène qui est dupliqué
et qui s'ajoute au génome. Ainsi, chez les Vertébrés,
la famille des globines est constituée de plusieurs protéines
différentes codées par des gènes différents
qui se sont ajoutés au cours du temps à un gène de
globine initial. Étant donné que le gène initial n'est
pas modifié par la duplication, le nouveau gène peut évoluer
indépendamment en accumulant des mutations. Il peut ainsi conduire
à une nouvelle protéine sans que la fonction du gène
initial soit altérée.
Enfin, des modifications héréditaires peuvent affecter
non seulement la séquence nucléotidique d'un seul gène
mais aussi un chromosome entier. Ainsi, la perte ou le gain d'un chromosome
peuvent se produire mais se traduisent le plus souvent par de graves affections.
C'est le cas par exemple de la monosomie X (syndrome de Turner) ou de la
trisomie 21 (syndrome de Down ou mongolisme). Il en est de même des
translocations de segments chromosomiques hétérologues.
Les modifications héréditaires peuvent être encore
plus importantes et toucher la totalité de l'équipement chromosomique.
On connaît ainsi de nombreuses espèces végétales
formées par polyploïdie, c'est à dire par multiplication
du nombre de chromosomes.
Toutes ces modifications sont soumises au crible de la sélection
naturelle. Certaines seront éliminées, d'autres conservées.
Quels en sont les mécanismes ?
2. La sélection naturelle
Lorsqu'une mutation confère un avantage dans un environnement
donné, on comprend qu’elle se conserve aisément chez les
descendants qui sont avantagés. C'est ainsi que la mutation carbonaria
conférant à la Phalène du Bouleau une coloration noire
s'est maintenue depuis son apparition au dix-neuvième siècle
dans les populations anglaises de ce papillon au détriment de la
forme claire car elle permet l'homochromie sur les troncs noircis par les
fumées industrielles alors qu’elle était rare avant la révolution
industrielle. La sélection naturelle s'est exercée depuis
principalement sur les formes claires plus visibles des prédateurs
alors qu’elle s’exerçait auparavant sur les formes sombres.
La plupart des mutations sont cependant défavorables mais le
fait qu'une mutation soit défavorable dans un environnement donné
n'empêche pas nécessairement sa conservation au cours des
générations. En effet, même si certaines mutations
sont létales (car elles ne permettent pas la survie de l'organisme
dans son environnement, notamment lorsque la protéine qui en résulte
a une importance stratégique), l'existence de chaque gène
en double exemplaire chez les organismes diploïdes permet leur maintien
dans une population si la protéine normale s'exprime. C'est le cas
chez les hétérozygotes qui portent à la fois deux
allèles différents d'un même gène. Nous étudierons
l'exemple de la drépanocytose évoqué au 1. L'allèle
S, bien que conduisant à une protéine déficiente malgré
une simple substitution d'un nucléotide, se maintient dans diverses
populations humaines bien localisées. La présence d'hémoglobine
S dans les globules rouges se traduit par des troubles circulatoires et
respiratoires mortels chez les homozygotes S/S. Aussi, l'allèle
responsable a quasiment disparu dans de nombreuses populations humaines.
Toutefois, dans les populations des zones d'endémie du paludisme
(et chez leurs descendants installés ailleurs), on constate que
cet allèle est particulièrement fréquent. Ceci s'explique
parce que la combinaison hétérozygote S/A offre une certaine
résistance au parasite ce qui avantage les hétérozygotes
par rapport aux homozygotes A/A qui sont décimés par le paludisme.
Ainsi, l'existence du Plasmodium, parasite interne de l'homme, constitue
un facteur supplémentaire de sélection qui favorise le maintien
dans certaines populations d'un allèle éliminé dans
les autres en raison de la grave maladie qu’il provoque.
Conclusion
Le génome des espèces vivantes est le siège d’innovations
dues à divers types de mutations ou à d’autres modifications
comme les duplications. Comme ces innovations génétiques
sont passées au crible de la sélection naturelle, certaines
sont éliminées et d’autres sont conservées permettant
l’évolution. Leur conservation dépend au moins en partie
des capacités d'adaptation au milieu qu'elles confèrent à
l'organisme.
Sujet
Fonctionnement d’un système de régulation
À l’aide des documents fournis et de vos connaissances, montrez
que le signal à l’origine de l’ovulation est donné par le
follicule ovarien.
Un schéma de synthèse est attendu
Introduction
Les variations de sécrétion des gonadostimulines hypophysaires,
dont le pic sécrétoire déclenche l'ovulation, sont
contrôlées par un mécanisme neuroendocrinien reposant
sur des boucles de régulation entre ovaire et axe hypothalamo-hypophysaire.
Nous allons montrer que les informations tirées des documents complétées
par d'autres données permettent d’affirmer que le pic de LH qui
provoque l’ovulation a pour origine un signal hormonal issu du follicule
ovarien sous la forme d’un pic sécrétoire d’œstradiol.
Le pic de LH et l’ovulation
Le document 2 montre que l’ovulation chez la guenon comme chez la femme
est précédée d’un pic de sécrétion de
LH, hormone lutéinisante sécrétée par l’hypophyse,
dont la concentration sanguine passe de 3 ng.mL-1 à 20 ng.mL-1 dans
les trois jours qui précèdent l’ovulation. On sait que ce
pic de LH déclenche l’ovulation, c’est à dire la rupture
du follicule ovarien et l’émission de l’ovocyte qu’il contient.
Comme on va le voir, c’est le follicule lui même qui est à
l’origine de la cascade de signaux aboutissant au pic de LH.
Un pic d’œstradiol est à l’origine du pic de LH
Le document 1 montre les variations du taux d’œstradiol au cours d’un
cycle. Pendant les 11 premiers jours du cycle, ce taux augmente progressivement.
On sait que cette hormone ovarienne exerce alors une rétroaction
négative sur l’axe hypothalamo-hypophysaire. Elle se traduit notamment
par une inhibition de la sécrétion de LH comme le confirme
le document 2 a qui montre que le taux de LH diminue au cours de la même
période. Cependant, à partir du onzième jour, alors
que sa concentration sanguine a considérablement augmenté,
l’action de l’œstradiol sur l’axe hypothalamo-hypophysaire s’inverse :
la rétroaction devient donc positive stimulant la sécrétion
de LH. On sait en effet qu’à partir d’une concentration seuil atteinte
habituellement 2 à 3 jours avant l’ovulation, l’œstradiol stimule
la sécrétion des gonadostimulines par l’hypophyse. Or une
rétroaction positive aboutit à une augmentation « explosive
» de la variable contrôlée, ici la sécrétion
de LH. En raison de son action sur le follicule mûr, ce pic sécrétoire
de LH est appelé décharge ovulante. Ainsi, c’est l’œstradiol,
hormone sécrétée par le follicule ovarien, qui constitue
le signal à l’origine du pic de LH, donc à l’origine de l’ovulation.
Le document 2 b en apporte la démonstration expérimentale.
Lorsque l’on augmente expérimentalement le taux d’œstradiol dès
le septième jour du cycle en injectant de fortes doses de cette
hormone, on constate que le pic de LH et l’ovulation se produisent prématurément,
confirmant que le taux élevé d’œstradiol constitue le signal
déclenchant du pic de LH.
Conclusion
On a vu que l’œstradiol, en raison de la rétroaction positive
qu’elle exerce sur l’axe hypothalamo-hypophysaire à la fin de la
phase préovulatoire du cycle, constitue le signal à l’origine
du pic de LH lui même responsable du déclenchement de l’ovulation.
Or on sait que l’œstradiol est une hormone sécrétée
par les cellules de la granulosa des follicules ovariens. Ainsi, c’est
le follicule lui même qui émet le signal hormonal initial
à l’origine de l’ovulation. Le schéma ci-dessous résume
ces mécanismes.

Sujet
Aspects du fonctionnement des centres nerveux
La rétine de l’œil des vertébrés est constituée
de nombreuses cellules nerveuses organisées en réseau ; certaines
sont spécialisées dans la réception de la lumière
: les photorécepteurs.
En faisant une synthèse des informations fournies par les quatre
documents, montrez comment un éclairement provoque un message nerveux
dans une fibre du nerf optique.
Introduction
Le système nerveux central est informé sur l’environnement
par des récepteurs qui émettent des messages nerveux constitués
de potentiels d’action circulant le long des nerfs sensitifs comme le nerf
optique dans le cas de la vision. Les documents illustrent le fonctionnement
d’un réseau de neurones de la rétine, couche photoréceptrice
de l’œil où se produit la conversion des signaux lumineux en signaux
nerveux.
Document 1
Le document montre qu’un réseau de trois neurones rétiniens
est à l’origine des messages nerveux transportés par une
fibre du nerf optique. Un photorécepteur, la cellule à cône,
est connecté par une synapse à une cellule bipolaire elle
même connectée à une cellule ganglionnaire. Les fibres
du nerf optique correspondent aux axones de ces dernières cellules.
Document 2
Le document 2 montre comment le photorécepteur réalise
la transduction des signaux lumineux. À l’obscurité, le potentiel
de membrane du cône est égal à – 40 mV. C’est son potentiel
de repos. Lorsqu’un éclair lumineux atteint le cône, il provoque
une hyperpolarisation d’amplitude graduable, proportionnelle à l’intensité
lumineuse. C’est un potentiel de récepteur. Ainsi, la cellule neurosensorielle
convertit les signaux lumineux en variations de son potentiel membranaire
d’autant plus négatives que l’intensité lumineuse est plus
élevée. Les potentiels de récepteurs ne se propagent
pas mais ils déclenchent la libération d’un neurotransmetteur
par la cellule à cône.
Document 3
Le document 3a montre que la quantité de neurotransmetteur libéré
par le cône est inversement proportionnelle à l’intensité
lumineuse reçue et donc proportionnelle au potentiel de membrane.
C’est donc que la lumière en modifiant le potentiel de membrane
modifie la quantité de neurotransmetteur libéré vers
le neurone bipolaire. Plus le neurone est hyperpolarisé et moins
il émet de neurotransmetteur.
En outre, le document 3b montre que le neurotransmetteur libéré
par le cône est inhibiteur. En effet, la quantité de neurotransmetteur
libéré par le neurone bipolaire en réponse à
des éclairs lumineux est proportionnelle à l’intensité
lumineuse et inversement proportionnelle à la quantité de
neurotransmetteur libéré par le cône. Puisque le neurone
bipolaire n’est pas un photorécepteur, sa réponse résulte
uniquement du neurotransmetteur émis par le cône en réponse
à la lumière. Ainsi, le cône inhibe d’autant moins
la cellule bipolaire qu’il est plus éclairé.
Document 4
L’enregistrement montre que lors d’un éclair lumineux d’intensité
i4 correspondant à la plus forte hyperpolarisation du cône
(- 60 mV) et à la plus forte libération de neurotransmetteur
par le neurone bipolaire, le neurone ganglionnaire répond par une
accélération de courte durée de sa fréquence
de décharge qui passe de 5 Hz à 50 Hz pendant 0,2 s. On en
déduit que la naissance des potentiels d’action dans les cellules
ganglionnaires dépend d’un neurotransmetteur excitateur libéré
par les neurones bipolaires en quantité proportionnelle à
l’intensité lumineuse reçue par le cône.
Conclusion
Les potentiels d’action émis par les cellules ganglionnaires
et transportés par le nerf optique informent les centres nerveux
des signaux lumineux captés par les photorécepteurs de la
rétine. Lorsqu’un cône reçoit un éclair lumineux,
il s’hyperpolarise proportionnellement à l’intensité lumineuse
reçue. Ceci freine la libération d’un neurotransmetteur inhibiteur
contrôlant les cellules bipolaires. Il en résulte la levée
de leur inhibition et l’émission d’un neurotransmetteur excitateur
qui stimule les cellules ganglionnaires. Ces dernières répondent
par l’émission de potentiels d’action avec une fréquence
proportionnelle à l’intensité lumineuse reçue par
les cônes.
Sujet
En exploitant les différents documents fournis, proposez une explication au mode d’action de la nicotine sur certains centres nerveux.
Introduction
Diverses substances chimiques étrangères à l’organisme
agissent néanmoins sur le système nerveux car elles miment
l’action de neurotransmetteurs naturels en se liant à leurs récepteurs.
C’est notamment le cas de la nicotine.
Document 1
Le document 1 montre que l’injection de nicotine dans un ganglion nerveux
d’insecte augmente l’activité de certains neurones. En effet, à
la suite de l’injection, la fréquence et l’amplitude de l’activité
électrique du ganglion augmente notablement ce qui traduit une augmentation
de la fréquence de décharge de plusieurs neurones ganglionnaires
simultanément. Ainsi, certains neurones ganglionnaires sont stimulés
par la nicotine ce qui suppose qu’ils possèdent des récepteurs
capables de se lier à cette substance étrangère.
Document 2
Le document 2 présente les effets comparés sur un motoneurone
médullaire de la stimulation électrique d’un neurone présynaptique
et de l’application présynaptique d’acétylcholine ou de nicotine.
On constate que les trois traitements ont des effets similaires sur le
potentiel de membrane du motoneurone qui se dépolarise d’une dizaine
de mV pendant 15 ms à la suite de chacun des traitements. Étant
donné que l’acétylcholine est extraite des boutons synaptiques
du neurone N1, on en déduit qu’une stimulation de ce neurone aboutit
à la libération d’acétylcholine qui produit un potentiel
postsynaptique excitateur (PPSE) dans le motoneurone. Ce dernier doit donc
posséder des récepteurs à l’acétylcholine à
l’origine de la dépolarisation. Comme la nicotine a le même
effet bien qu’elle soit absente naturellement de l’organisme, on peut faire
l’hypothèse qu’elle agit sur les mêmes récepteurs que
l’acétylcholine.
Document 3
Les expériences présentées dans le document 3
valident l’hypothèse précédente dans la mesure où
la subéryldicholine a une action similaire à celle de la
nicotine. Lorsqu’un seul récepteur à l’acétylcholine
est isolé selon la technique du patch-clamp, on constate que l’application
d’acétylcholine se traduit par des courants entrants. Ceci montre
que la liaison acétylcholine-récepteur permet l’ouverture
du canal ionique du récepteur provoquant l’entrée d’ions
sodium à l’intérieur du neurone. En effet, la concentration
en Na+ à l’extérieur est de 160 alors qu’elle n’est que de
3 à l’intérieur et l’intérieur de la cellule est polarisé
négativement par rapport à l’extérieur. Ainsi, les
PPSE produits par l’acétylcholine sont dus à la présence
d’un canal ionique chimiodépendant associé au récepteur
de l’acétylcholine dans la membrane postsynaptique du neurone cible
et à l’existence d’un gradient électrochimique entre les
deux faces de la membrane. L’application de subéryldicholine qui
agit comme la nicotine a le même effet que l’application d’acétylcholine.
On en déduit que ces deux dernières substances sont des agonistes
de l’acétylcholine et que la nicotine agit sur les neurones cholinergiques
en provoquant l’ouverture des canaux ioniques associés aux récepteurs
de l’acétylcholine.
Conclusion
La nicotine agit donc sur certains centres nerveux, chez les insectes
comme chez les vertébrés, en activant les neurones munis
de récepteurs à l’acétylcholine. Elle est en effet
capable de se lier à ces récepteurs et de provoquer l’ouverture
du canal ionique permettant ainsi l’entrée d’ions et la stimulation
des neurones correspondants.