SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE
- Série S -
La Réunion, juin 2000
Corrigés
Sujet
Mécanismes de l'immunité
Le déclenchement du SIDA (syndrome de l'immunodéficience acquise) est lié à une destruction massive des lymphocytes T4, conséquence d'une infection par le VIH (virus de l'immunodéficience humaine).
Par un exposé clair et illustré de schémas, montrez en quoi cette destruction des lymphocytes T4 explique la déficience du système immunitaire.
Les mécanismes de la destruction des lymphocytes T4 ne sont pas
demandés.
Introduction
Le SIDA est caractérisé par une immunodéficience
provoquée par la disparition des lymphocytes T4 (LT4) détruits
par le virus HIV. Si les réactions immunitaires spécifiques
impliquent diverses catégorie de cellules, les LT4 occupent une
place centrale car la plupart des réactions immunitaires spécifiques
ne peuvent se déclencher en leur absence. Après une présentation
de cette catégorie de lymphocytes, nous examinerons les mécanismes
par lesquels ils interviennent dans les réponses immunitaires. Nous
étudierons successivement leur intervention dans la phase d’induction
et dans la phase d’amplification afin de montrer que leur disparition explique
l'absence de réactions immunitaires spécifiques, qu’elles
soient à médiation cellulaire ou humorale, chez les personnes
atteintes du SIDA.
Les lymphocytes T4
Les lymphocytes sont des cellules arrondies dont le noyau, également
rond, occupe l'essentiel du volume cellulaire. Ils sont produits dans la
moelle osseuse comme toutes les cellules sanguines et immunitaires. Ils
subissent en outre une maturation dans le thymus qui leur vaut d'être
qualifiés de lymphocytes T. Les LT4 sont appelés ainsi parce
qu'ils sont munis de récepteurs membranaires CD4. Chaque clone de
LT4 est caractérisé par un récepteur CD4 d'une seule
spécificité lui permettant de reconnaître un seul antigène.
Ils interviennent dans les réactions immunitaires spécifiques.
Dans la phase d'induction, en reconnaissant un antigène, et dans
la phase d'amplification en stimulant la différenciation des lymphocytes
B et des lymphocytes T cytotoxiques, ce qui leur vaut d'être qualifiés
de LT auxiliaires.
Phase d’induction
Toute réaction immunitaire spécifique est déclenchée
par la reconnaissance d’un antigène. Cette reconnaissance est assurée
par les LT4 par un mécanisme dit de double reconnaissance. Celui-ci
implique à la fois le récepteur T, une molécule de
surface propre aux LT, et le marqueur CD4, caractéristique des LT4.
Cet assemblage moléculaire permet aux LT4 de reconnaître un
antigène à condition qu’il soit associé aux molécules
du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH) d’une cellule présentatrice
d’antigène (CPA). Chaque clone de LT4 ne reconnaît qu’un seul
antigène mais on parle de double reconnaissance car l’antigène
doit être lié aux molécules HLA caractérisant
le soi pour être reconnu : les antigènes libres ne peuvent
être reconnus par les LT4. Le schéma ci-dessous présente
ce mécanisme de reconnaissance.
La reconnaissance d’un antigène à la surface d’une CPA assure le déclenchement de la réponse immunitaire spécifique en stimulant les LT4 qui se multiplient en un clone de LT auxiliaires.
Phase d'induction : formation d'un clone de LT auxiliaires
Phase d’amplification
Les fonctions des LT auxiliaires formés lors de la phase d'induction
diffèrent selon qu’il s’agit d’une réaction à médiation
cellulaire ou d’une réaction à médiation humorale.
Réactions à médiation cellulaire
Dans les réactions à médiation cellulaire, les
LT4 stimulent une autre catégorie de LT, les LT cytotoxiques (LTc)
qui interviennent comme effecteurs de ce type de réponse. Sous l’action
de cytokines émises par les LT4 , le clone de LTc correspondant
au même antigène prolifère. Une autre cytokine, un
interféron, produit par les LT4 active en outre leurs propriétés
cytolytiques.
Rôle des LT4 dans les réponses à médiation
cellulaire :
Réactions à médiation humorale
Les LT4 interviennent aussi dans les réactions à médiation
humorale. Ils amplifient la réponse humorale en stimulant les lymphocytes
B (LB) qui se transforment alors en plasmocytes sécréteurs
d’anticorps. Les mécanismes de stimulation sont comparables à
ceux mis en œuvre lors de la reconnaissance de l’antigène avec notamment
la sécrétion de cytokines mais il peut y avoir aussi un contact
direct entre LT4 et LB par l’intermédiaire du récepteur T
et du CMH.
Enfin, il existe des LT4 " mémoire ". Issus selon toute vraisemblance
des clones de LT4 stimulés lors de la reconnaissance des divers
antigènes, ils constituent une population très réactive
lors d’un contact ultérieur avec l’antigène permettant une
réponse immunitaire plus efficace.
Rôle des LT4 dans les réponses humorales et la mémoire
immunitaire
Conclusion
Ainsi, les lymphocytes T4 interviennent dans les deux types de réactions
immunitaires spécifiques et s'avèrent indispensables non
seulement à l’induction de la réponse mais aussi à
son amplification. Ils sont en outre responsables de la spécificité
de ces réponses et de la mémoire immunitaire. Les mécanismes
mis en jeu reposent principalement sur leurs propriétés de
reconnaissance spécifique et sur leur capacité à synthétiser
et sécréter des messagers chimiques intercellulaires, les
cytokines. Ils jouent donc un rôle stratégique et leur destruction
par le virus VIH aboutit à la disparition des défenses immunitaires
spécifiques justifiant le non de syndrome d'immunodéficience
acquise.
Sujet
Unicité génétique des individus et polymorphisme des espèces
On cherche à comprendre l'origine d'une maladie rare, le rétinoblastome.
À partir de l'étude des documents 1 et 2 et à l'aide de vos connaissances, montrez comment la conjonction de l'héritage familial et des facteurs mutagènes de l'environnement explique que l'enfant III.8 développe un rétinoblastome.
Introduction
Certaines formes de rétinoblastome ont une origine génétique.
Toutefois, dans le cas présenté ici, nous montrerons que
c'est la conjonction de l'hérédité, transmission d'un
chromosome anormal, et l'apparition d'une anomalie dans la rétine,
non liée à l'hérédité, qui est responsable
de l'apparition de la maladie.
Les informations tirées du génotype de III-8
Le document 2 montre que l'individu III-8 possède dans toutes
ses cellules, à l'exception de celles de la rétine, un chromosome
13 anormal, plus court que le chromosome 13 normal. Il a donc reçu
de ses parents un chromosome 13 normal et un chromosome 13 anormal. Comme
sa grand mère possédait le même génotype, comme
le montre son caryotype, elle a transmis un chromosome anormal à
son fils II-6 qui l'a transmis à sa fille III-8. I-1 et II-3 ne
sont pas atteints car ils possèdent un exemplaire normal du chromosome
13 suffisant pour assurer un fonctionnement normal.
Origine du rétinoblastome
L'anomalie ne se manifeste que lorsque le chromosome 13 anormal est
présent en double exemplaire. C'est ce que l'on constate dans les
seules cellules de la rétine chez III-8 alors que ses autres cellules
possèdent un exemplaire normal. Ceci signifie que le second chromosome
anormal présent dans les cellules de la rétine n'a pas été
transmis par ses parents et il résulte donc d'une nouvelle mutation
limitée à la rétine. Sur le caryotype, on constate
que la mutation qui s'est produite dans la rétine a produit le même
effet que la mutation familiale, une délétion du chromosome
13. Elle peut résulter de facteurs mutagènes de l'environnement,
comme par exemple, l'action du rayonnement ultraviolet qui est absorbé
par l'ADN. Elle aboutit à un état homozygote dans la rétine
et donc au déclenchement de la tumeur.
Conclusion
Le chromosome 13 anormal présent chez sa grand mère a
été transmis par son père à l'enfant III-8.
En outre, une mutation s'est produite dans la rétine conduisant
à un état homozygote limité à cet organe et
à l'apparition du rétinoblastome.
Sujet
Histoire et évolution de la Terre et des êtres vivants
L'expérience de Stanley Miller et l'étude des météorites permettent d'émettre deux hypothèses sur l'origine possible des molécules du vivant.
Par une mise en relation des informations extraites des quatre documents, formulez ces deux hypothèses et indiquez laquelle paraît la plus probable.
Introduction
La formation des molécules prébiotiques à l'origine
de la vie n'a laissé aucune trace fossile. Pour discuter la validité
des scénarios proposés pour leur origine, terrestre ou extraterrestre,
on en est donc réduit à utiliser des arguments indirects
et à essayer de reproduire expérimentalement ce qui a pu
se produire.
Document 1
Le document présente l'expérience de Miller (1953) au
cours de laquelle une atmosphère contenant de l'ammoniac, du méthane
et de l'hydrogène est reconstituée artificiellement dans
un ballon avant d'être soumise à des décharges électriques
simulant des éclairs d'orage. Avec ce mélange gazeux, on
récupère dans le siphon des acides aminés. Or les
acides aminés sont les éléments de construction des
protéines, macromolécules qui assurent les principales fonctions
des êtres vivants (enzymes, protéines de structure). L'expérience
de Miller montre donc que des conditions physiques (décharge électrique)
et chimiques (mélange gazeux) particulières ont pu permettre
d'aboutir à la formation de certaines unités de construction
des macromolécules biologiques, notamment les acides aminés.
Document 2
Le document 2 montre que la composition de l'atmosphère primitive
ne correspond pas au mélange qui avait été testé
par Miller. Si un mélange gazeux similaire à l'atmosphère
primitive est utilisé dans la même expérience, il ne
se forme pas d'acides aminés. La présence de carbone et d'azote
réduits dans le mélange gazeux semble donc nécessaire
à la formation des acides aminés dans cette expérience.
En conséquence, le modèle de formation des acides aminés
à partir de réactions chimiques impliquant l'atmosphère
primitive est à rejeter.
Si les acides aminés ne se sont pas formés à partir
de l'atmosphère, ils ont pu être apportés de l'espace.
Document 3
Le document 3 indique que 80 % des micrométéorites tombées
sur la Terre contiennent de la matière organique dont des acides
aminés. De plus, le bombardement météoritique aurait
été 10 000 fois plus important pendant les 600 premiers millions
d'années de la planète et aurait donc pu apporter une importante
quantité de matière organique. La vie se serait alors développée
"rapidement" puisque 400 millions d'années après cette phase
il existait déjà des Cyanobactéries, organismes dotés
d'un métabolisme complexe. Ces données accréditent
la possibilité d'une origine extraterrestre des acides aminés.
Document 4
Le document 4 confirme la possibilité d'une origine extraterrestre
des acides aminés protéinogènes puisque la météorite
de Murchison en contient huit différents. En outre, le document
4-b montre que des vésicules arrondies ressemblant à des
cellules peuvent se former à partir de la matière organique
extraite de la météorite. Enfin, les travaux de L. Allomandola
confirment que certains composés chimiques provenant de l'espace
peuvent s'assembler spontanément en vésicules sphériques
limitées par une membrane et analogue aux vésicules obtenues
par D. Deamer. Ces informations sont donc compatibles avec une origine
extraterrestre des molécules à l'origine du vivant.
Conclusion
Dans ces conditions, l'hypothèse de la formation des molécules
prébiotiques sur Terre dans une soupe primitive ayant pour origine
les molécules de l'atmosphère devrait être rejetée
tandis que celle de leur formation extraterrestre et de leur apport sur
Terre par des météorites devrait être validée.
Sujet
Les roches produits et témoins du temps
À partir de l'exploitation des informations fournies par l'ensemble des quatre documents proposés, établissez la chronologie des événements géologiques qui ont, dès le Jurassique, affecté la région étudiée.
Introduction
La région de Pézenas est caractérisée essentiellement
par des couches sédimentaires, principalement calcaires, légèrement
plissées selon un axe nord-sud. On constate en outre la présence
d'un édifice volcanique au sud ouest.
La sédimentation du Jurassique au Paléocène
Le Jurassique (- 208 Ma à - 145 Ma), qui forme la couche sédimentaire
la plus ancienne visible sur la coupe, montre une épaisse couche
de calcaires et marnes à Ammonites caractéristiques d'une
sédimentation marine. Ainsi, au Jurassique, la région était
recouverte par la mer. Au contraire, le Crétacé inférieur
(- 145 Ma à - 97 Ma) montre de la bauxite, caractéristique
d'un dépôt continental. On en déduit qu'une régression
s'est produite à la fin du Jurassique, le Crétacé
inférieur restant continental. Au Crétacé supérieur
(- 97 Ma à - 65 Ma) on observe des dépôts de calcaires
lacustres d'une centaine de mètres d'épaisseur. La région
est donc restée continentale à cette époque où
elle était recouverte par un ou plusieurs lacs. Au Paléocène
et à l'Éocène (c'est à dire de - 65 Ma jusqu'à
- 35 Ma) la sédimentation reste représentée par des
calcaires lacustres indiquant que la région est restée émergée.
Un épisode tectonique et une discordance
L'ensemble des couches sédimentaires du Jurassique jusqu'à
l'Éocène sont plissées. Ceci indique que des mouvements
tectoniques se sont produits à la fin de l'Éocène
(- 35 Ma) puisque les couches postérieures de l'Oligocène
et du Miocène ne sont pas affectées par le plissement. En
outre, l'Oligocène et le Miocène montrent des variations
du niveau de la mer. En effet, la présence de marnes et de calcaires
à huîtres révèle l'avancée de la mer
où s'accumulent des produits de l'érosion des calcaires jurassique
et crétacé (galets de calcaires jurassique et crétacé).
Le sommet du Miocène (- 5 à 6 Ma) montre au contraire un
recul de la mer, des calcaires lagunaires se formant d'abord à proximité
de la côte suivis de dépôts calcaires continentaux comme
le confirme leur origine lacustre et la présence de fossiles de
rongeurs. La mer a donc reculé de nouveau à la fin du Miocène.
Au sud de la région, au niveau du point B, on observe une discordance
de l'Oligocène et du Miocène sur le Crétacé.
Ces dépôts se sont produits après l'érosion
des couches plissées précédentes de - 35 Ma à
- 5 Ma. Au Pliocène, il y a environ 5 Ma, la mer est revenue par
le sud comme le montre la présence de sables jaunes contenant des
huîtres, caractéristiques d'un milieu marin peu profond. La
limite nord du Pliocène pourrait correspondre à la ligne
de rivage à cette époque.
Un épisode volcanique quaternaire
Enfin, au sud-ouest de la région étudiée, on constate
la présence de basalte et d'un cratère de volcan. On en déduit
que le cône volcanique est à l'origine de l'épanchement
basaltique observé, le basalte étant une roche effusive d'origine
volcanique. Étant donné que le basalte a recouvert les sables
pliocènes, l'épisode volcanique est postérieur au
Pliocène, c'est à dire qu'il s'est produit au Quaternaire.
Conclusion
La géologie de la région montre qu'après avoir
été recouvert par la mer au Jurassique, le Languedoc est
resté émergé pendant environ 120 Ma. Ce n'est qu'à
partir de l'Oligocène il y a 35 Ma, après une période
d'activité tectonique, qu'une mer épicontinentale est revenue
épisodiquement recouvrir la région avant de s'en retirer
au Quaternaire, période également marquée par un épisode
volcanique.