SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE
- Série S -
Inde, Avril 2000
Corrigés
Sujet
Mécanismes de l'immunité
En vous appuyant sur des schémas clairs annotés de
façon précise, montrez comment les plasmocytes interviennent
dans la neutralisation d'un antigène circulant.
Introduction
Les plasmocytes sont des cellules du système immunitaire formées
lors de certaines réactions spécifiques. Ils interviennent
dans la neutralisation d'antigènes circulants car ils sont spécialisés
dans la production d'anticorps, molécules permettant la neutralisation
de tels antigènes. Après une description de ces cellules,
nous verrons comment les molécules qu'elles produisent participent
à l'élimination de ces antigènes.
Les plasmocytes, des cellules qui interviennent dans les réponses
immunitaires à médiation humorale
Les plasmocytes sont des cellules immunitaires qui ont pour origine
des lymphocytes B (LB). À la suite d'une stimulation antigénique,
les LB qui possèdent un récepteur B correspondant à
l'antigène circulant responsable de la stimulation du système
immunitaire subissent une expansion clonale et les cellules filles se différencient
en plasmocytes. L'ultrastructure des plasmocytes révélée
par la microscopie électronique est caractéristique d'une
cellule qui synthétise et exporte des protéines comme le
montre notamment l'importance du réticulum endoplasmique granulaire.
Le schéma ci-dessous présente l'ultrastructure d'un plasmocyte.
Ultrastructure d'un plasmocyte d'après les données
de microscopie électronique
Les protéines exportées par les plasmocytes sont des anticorps dirigés contre l'antigène à l'origine de la stimulation immunitaire. Ce sont ces anticorps qui neutralisent les antigènes circulants.
La neutralisation des antigènes
Les anticorps produits par les plasmocytes sont des immunoglobulines,
protéines formées par l'association de quatre chaînes
identiques deux à deux, les chaînes légères
et les chaînes lourdes. Le schéma ci-dessous présente
la structure d'une molécule d'anticorps.
Ces molécules sont capables de se lier à un antigène
spécifique par leurs deux sites de reconnaissance identiques formés
par les régions variables de la molécule. Les régions
constantes sont communes aux différents anticorps circulants. En
se liant aux antigènes selon une sorte de pontage, les anticorps
peuvent former avec eux des complexes immuns, ce qui aboutit à l'immobilisation
des microorganismes porteurs de l'antigène.
Le schéma ci-dessous montre comment des bactéries peuvent
être immobilisées au sein de complexes immuns.
Complexe immun
Toutefois, la neutralisation des antigènes nécessite aussi leur destruction. Elle peut être obtenue par phagocytose des complexes immuns mais aussi par activation du complément. En effet, les anticorps possèdent également une région spécialisée capable d'activer le système du complément (voir schéma d'une molécule d'anticorps). Ainsi, des cellules étrangères, comme des bactéries, qui auraient pénétré dans le milieu intérieur seront d'abord immobilisées au sein des complexes antigène-anticorps puis détruites sous l'action du complément.
Conclusion
Les plasmocytes sont des cellules spécialisées dans la
sécrétion des molécules effectrices des réponses
immunitaires à médiation humorale, les anticorps. Formés
lors de la pénétration d'un antigène dans le milieu
intérieur à partir des lymphocytes B qui surveillent en permanence
le milieu extracellulaire, c'est en sécrétant des anticorps
spécifiquement dirigés contre l'antigène que les plasmocytes
interviennent dans la neutralisation des antigènes circulants.
Sujet
Histoire et évolution de la Terre et des êtres vivants
Identifier une crise biologique suppose que l'on repère dans
les couches géologiques des modifications synchrones affectant,
sur l'ensemble du globe, les espèces du milieu continental et du
milieu marin.
Relevez de tels faits rapportés dans le document proposé
et, en complétant avec vos connaissances, expliquez pourquoi on
peut parler de crise Crétacé-Paléocène.
Introduction
On parle de crise biologique quand des indices existent dans les couches
géologiques d'une disparition massive d'espèces, à
l'échelle mondiale et dans différents milieux, ce qui suppose
de profonds changements écologiques, rapides à l'échelle
des temps géologiques puisque ne laissant pas aux espèces
affectées le temps de s'adapter. L'histoire de la Terre a été
marquée par de nombreuses crises biologiques à l'issue desquelles
diverses espèces ont disparu tandis que de nouvelles prenaient leur
place en se diversifiant à partir des espèces survivantes.
La crise Crétacé-Paléocène en est un exemple.
Après avoir recherché de tels indices dans le document proposé,
nous verrons que l'on en connaît d'autres qui permettent d'identifier
une crise à la limite Crétacé-Paléocène.
Analyse du document
Des sites géographiquement différents montrent des indices
de changements écologiques majeurs au même moment, à
la limite Crétacé-Paléocène. Ainsi, dans le
Nord de l'Amérique (Dakota) et dans le Sud de l'Europe (Espagne),
un changement de sédimentation intervient à la même
période. En Espagne, une couche d'argile remplaçant des sédiments
riches en carbonates d'origine biologique est l'indice d'une chute de la
productivité biologique due à la disparition de micro-organismes
marins comme les Foraminifères. Dans le Dakota, la présence
d'une couche de charbon intercalée entre des sédiments crétacés
de plaine côtière et des sédiments marins atteste,
elle aussi, d'un changement écologique important et de variations
du niveau de la mer. Les deux régions seront recouvertes par la
même mer au début du Paléocène car une même
espèce de Foraminifères, Globigerina pseudobulloïdes,
a été fossilisée dans les deux sites. Certaines espèces
de Foraminifères ont donc survécu à la crise.
Le document montre également que la crise a affecté à
la fois le milieu continental et le milieu marin. En milieu continental,
les Triceratops du Dakota disparaissent après la limite Crétacé-Paléocène.
De plus, aucun fossile de Dinosaure postérieur au Crétacé
n'est connu. Un groupe entier de Vertébrés a donc disparu.
Le milieu marin est lui aussi affecté puisque de nombreux Foraminifères,
animaux planctoniques, disparaissent à la même période.
En outre, la sédimentation carbonatée cesse à la limite
Crétacé-Tertiaire où elle est remplacée par
des argiles, comme on l'a vu, traduisant l'impact deamatique des changements
écologiques, le milieu marin présentant en général
des variations plus lentes que le milieu continental. La sédimentation
calcaire ne reprendra qu'au Paléocène. Enfin, on sait que
le changement de conditions a été relativement bref à
l'échelle géologique même si aucun repère de
temps n'est disponible sur le document.
D'autres indices
D'autres espèces d'Invertébrés marins comme les
Ammonites et les Rudistes ont également définitivement disparu
malgré des niches écologiques différentes. Il en est
de même des Coccolithophoridés dont l'accumulation constitue
les vastes couches de craie du Crétacé qui lui doit son nom.
On sait que les Dinosaures occupaient tous les milieux. Leur disparition
montre que tous les milieux ont été touchés même
si certaines espèces de Reptiles (crocodiles, tortues) n'ont pas
été affectées par la crise. La limite Crétacé-Paléocène
est également marquée par des changements de la flore. On
a notamment constaté un pic de spores marquant un recul temporaire
des plantes à fleur. D'autres marqueurs sont caractéristiques
de la limite Crétacé-Paléocène. C'est le cas
du rapport isotopique de 18O et de 16O qui traduit un refroidissement et
d'un pic d'iridium qui constitue une anomalie permettant de dater précisément
la crise à - 65 millions d'années. Enfin, après la
limite Crétacé-Paléocène, on observe comme
après les autres crises (Permien, Dévonien, etc.) une diversification
des espèces vivantes. C'est notamment le cas des Mammifères
et des plantes à fleurs au Paléocène. Des changements
de cette ampleur affectant les milieux les plus divers dans des régions
éloignées de la planète supposent une variation brusque
à l'échelle géologique des conditions écologiques
subies par les organismes. En effet, bien que des extinctions se soient
produites en permanence au cours de l'histoire de la vie, les extinctions
massives sont des événements rares (une dizaine) et brefs.
Conclusion
Ainsi, des indices concordants montrent que s'est produite une crise
biologique majeure à la limite Crétacé-Paléocène.
Marquée par la disparition de 60 à 75 % des espèces
vivantes, elle est donc considérée comme liée à
des changements écologiques majeurs à l'échelle de
la planète dont le problème des causes fait l'objet de recherches
intensives.
Sujet
Fonctionnement d'un système de régulation et maîtrise de la reproduction
Mme X consulte un médecin pour cause de stérilité.
Celui-ci prescrit des examens sanguins puis un traitement au clomiphène
qui est un analogue structural des œstrogènes.
À partir de l'étude des quatre documents ci-joints,
justifiez le traitement prescrit et précisez si le couple pourra
avoir un enfant.
Introduction
L'objectif du médecin traitant madame X est de lui rendre sa
fertilité. Dans ce but, un diagnostic précis doit être
posé pour en déduire le traitement approprié, permettant
de corriger le défaut responsable de la stérilité.
Cause de la stérilité
Le dosage de la LH plasmatique de madame X (document 2) montre le profil
de sécrétion de cette gonadostimuline au cours d'un cycle.
On constate que la concentration en LH varie entre 5,5 et 8,2 mUI.mL-1,
valeurs correspondant à la sécrétion basale de LH
telle qu'elle apparaît sur le document 4. Contrairement au profil
hormonal d'une femme normale, la sécrétion de LH chez madame
X reste grossièrement constante, sans variations cycliques. En particulier,
il n'y a pas de pic préovulatoire de LH. Le médecin peut
donc penser que la stérilité de madame X est liée
à une absence d'ovulation due à la disparition de la stimulation
ovarienne par la décharge ovulante de LH. Toutefois, l'absence du
pic de LH peut avoir plusieurs origines.
Déterminisme du pic de LH
L'expérience du document 1 permet de comprendre l'origine du
pic de LH responsable de l'ovulation. Lorsque le taux sanguin d’œstrogènes
est maintenu autour de 60 pg.mL-1, on constate que le taux de LH diminue
progressivement. Les œstrogènes exercent donc une rétroaction
négative sur l’axe hypothalamo-hypophysaire provoquant une baisse
de la sécrétion de LH. Lorsque l’on injecte à J0 +
16 une forte dose d’œstrogènes, on constate qu’elle est suivie,
au bout de deux jours, d’une brusque augmentation de la sécrétion
de LH par l’hypophyse antérieure dont le taux passe à 35
ng.mL-1. La brusque élévation du taux d’œstrogènes
a un effet inverse de celui d’une concentration faible mais constante :
ce pic exerce une rétroaction positive sur l’axe hypothalamo-hypophysaire
comme c’est le cas dans les conditions physiologiques avant l’ovulation.
Le médecin décide donc d'utiliser le clomiphène pour
provoquer l'ovulation.
Hypothèse du médecin et résultats
Le clomiphène est un antagoniste des œstrogènes au niveau
des récepteurs hypothalamo-hypophysaire. En se fixant sur ces récepteurs,
il empêche les œstrogènes d'exercer leur rétrocontrôle
sur l'axe hypothalamo-hypophysaire sans les empêcher d'exercer leur
action sur les cibles périphériques. Le médecin attend
du traitement que le blocage du rétrocontrôle négatif
permette un accroissement de la sécrétion de LH suffisant
pour stimuler les follicules ovariens.
Le clomiphène est administré pendant la première
semaine du cycle. Deux jours après le début du traitement,
la sécrétion des gonadostimulines LH et FSH augmente rapidement
et leur concentration atteint respectivement 30 et 15 mUI.mL-1. LH et FSH
stimulent les follicules ce qui a pour conséquence une augmentation
de la sécrétion d'œstrogènes. Le traitement est arrêté
à ce moment-là. On observe alors une forte augmentation de
la sécrétion des œstrogènes qui passe de 40 µg/24h
le dernier jour du traitement à 180 µg/24h quatre jours après.
On constate en outre que l'accélération de la sécrétion
des œstrogènes est suivie d'un second pic sécrétoire
des gonadostimulines LH et FSH, encore plus élevé que le
premier. Il est suivi d'un profil de sécrétion des hormones
ovariennes analogue à celui d'une phase postovulatoire normale.
Interprétation des résultats
Le clomiphène a donc permis de déclencher l'ovulation
puisque la sécrétion de progestérone montre qu'un
corps jaune s'est formé. Le clomiphène soustrait donc l'axe
hypothalamo-hypophysaire à la rétroaction négative
exercée par les œstrogènes. Mais comme le traitement est
stoppé après cinq jours, il n'empêche pas la rétroaction
positive responsable du pic préovulatoire de gonadostimulines qui
déclenche l'ovulation.
Conclusion
Le clomiphène a permis le déclenchement de l'ovulation
et des sécrétions hormonales normales dans la phase postovulatoire.
Le couple pourrait donc avoir un enfant si la fécondation a pu s'effectuer
à ce moment-là. Toutefois, si ce n'est pas le cas, il sera
nécessaire de répéter le traitement pour obtenir l'ovulation
lors des cycles suivants puisque la stérilité semble avoir
ici pour origine une insuffisance de la stimulation de l'hypophyse par
l'hypothalamus sachant que la décharge ovulante résulte d'une
augmentation de l'activité des neurones hypothalamiques à
Gn-RH. Dans ce type de situation, le clomiphène est utilisé
en général pour stimuler l'ovulation afin de recueillir des
ovocytes destinés à la fécondation in vitro.
Sujet
Régulation de la pression artérielle
Des variations de la position du corps facilitent ou freinent la distribution du sang dans les différentes parties du corps.
En vous appuyant uniquement sur les informations apportées
par les documents suivants, montrez que la régulation nerveuse de
la
pression artérielle tend à amortir les variations brutales
engendrées par les changements de position.
Un schéma fonctionnel de synthèse est attendu.
Introduction
La pression artérielle, qui dépend notamment de l’activité
cardiaque et des résistances vasculaires, est régulée
par un ensemble de mécanismes neuro-humoraux complexes. L’analyse
des documents permet d’identifier certains des mécanismes nerveux
agissant sur le système cardiovasculaire pour limiter les variations
brusques de pression artérielle lors du passage de la position couchée
à la position debout.
Variations de la fréquence cardiaque en fonction des changements
de position
Le document 1 montre que la fréquence cardiaque est en moyenne
de 54 battements par minute (b/min) lorsque le sujet est en position horizontale.
Lorsque le sujet est basculé à + 60°, on constate une
augmentation de la fréquence cardiaque qui passe à environ
70 b/min. Inversement, un basculement de - 60° induit une baisse de
la fréquence cardiaque qui passe à environ 40 b/min. Les
variations de la fréquence cardiaque semblent être liées
aux variations de pression sanguine dans le sinus carotidien provoquées
par les changements de position. Examinons les réponses du nerf
de Héring qui relie le sinus carotidien au système nerveux
central.
Document 3
Le document montre que la fréquence des messages nerveux afférents
transmis par le nerf de Héring est proportionnelle à la pression
intra-sinusale. De 50/s lorsque la pression est égale à 50
mm de mercure, la fréquence des potentiels d'action atteint environ
280/s pour une pression de 250 mm de mercure. Ces messages informent donc
les centres nerveux bulbaires de la pression dans la carotide.
Document 4
On constate que lorsque l'on provoque une accélération
artificielle de la fréquence des potentiels dans le nerf de
Héring en le stimulant électriquement, la pression artérielle
chute à une valeur faible de l'ordre de 50 mm de mercure. En outre,
le tracé du document montre que la fréquence cardiaque diminue
également. Le système nerveux central doit donc ralentir
le cœur, par l'intermédiaire du nerf efférent, le nerf pneumogastrique,
en réponse à l'élévation de pression intra-sinusale
traduite par une stimulation du nerf de Héring. Ceci permet de corriger
l'élévation de pression, le nerf pneumogastrique exerçant
une action inhibitrice sur l’activité cardiaque ce qui a pour effet
de faire diminuer la pression artérielle.
Conclusion
Une boucle réflexe nerveuse permet d'amortir les brusques variations
de pression induites par les brusques changements de position. Au moment
du basculement vers le haut, la chute de pression détectée
dans la carotide déclenche, par rétroaction nerveuse intégrée
au niveau du bulbe, une stimulation cardiaque en diminuant l'activité
parasympathique tandis qu'au moment d'un basculement vers le bas, l'augmentation
brusque de pression déclenche par le même mécanisme
une diminution de la fréquence cardiaque. Dans les deux cas, la
variation de pression est corrigée immédiatement, l'activité
cardiaque étant un facteur essentiel de la pression artérielle.
Le schéma suivant résume cette boucle de régulation.
Boucle de régulation nerveuse de la pression artérielle