SCIENCES DE LA VIE ET DE LA TERRE
- Série S -
Amérique du Nord, juin 2000
CORRIGES
Partie 1 (8 points)
Sujet
Unicité génétique et polymorphisme des
espèces
Expliquez,
à partir de trois couples d'allèles judicieusement placés
sur les chromosomes, comment la méiose assure un brassage des gènes.
Votre
exposé devra s'appuyer sur des schémas pour lesquels des
symboles précis représenteront les allèles choisis.
Avant de commencer
Faites
le schéma de la méiose avec 2 paires de chromosomes, l'une
portant deux gènes liés (A/a, B/b), l'autre un gène
indépendant des deux précédents, E/e. Les gènes
indépendants permettent d'illustrer le brassage interchromosomique,
les gènes liés le brassage intrachromosomique.
Introduction
Chez
les espèces à reproduction sexuée, chaque individu
résulte de la rencontre d’un gamète mâle et d’un gamète
femelle produits par ses parents. Les gamètes sont des cellules
reproductrices haploïdes dont la fusion à la fécondation
reconstitue le stock diploïde de chromosomes caractéristique
de l’espèce. La répartition des chromosomes homologues et,
donc, des allèles qu’ils portent, dans les cellules haploïdes
à l’origine des gamètes, s’effectue lors de la méiose.
En prenant un exemple simple, celui de trois couples d’allèles portés
par deux paires de chromosomes différents, nous montrerons le brassage
interchromosomique et le brassage intrachromosomique assurés par
la méiose. Nous appellerons les couples d'allèles A/a et
B/b pour les gènes situés sur le même chromosome et
nous appellerons E/e le couple d'allèles du gène situé
sur l'autre chromosome.
Méiose
et brassage interchromosomique
La
méiose est un ensemble de deux divisions précédées
d’une seule synthèse d’ADN et intervient chez les animaux au cours
de la gamétogenèse. Elle conduit à la formation de
quatre cellules haploïdes à partir d’une cellule mère
diploïde. Nous prendrons l’exemple des spermatocytes I qui sont les
cellules subissant la méiose dans les tubes séminifères
des testicules.
On
considère 3 couples d’allèles A/a, B/b et E/e disposés
sur 2 paires de chromosomes. Le schéma 1 montre la configuration
choisie.

Les spermatocytes I subissent la duplication de leur ADN lors de la
phase S du cycle cellulaire puis entament la première division de
la méiose en entrant en prophase I. A ce stade, les chromosomes
sont constitués de 2 chromatides identiques résultant de
la duplication de l'ADN et reliées par le centromère. Au
cours de cette phase, les chromosomes homologues sont réunis en
bivalents (schéma 2).
Lorsque
les chromosomes homologues se séparent à l’anaphase, chaque
centromère migre aux pôles de la cellule indépendamment
des centromères des autres chromosomes. On parle de ségrégation
indépendante des chromosomes. Les spermatocytes II formés
à l’issue de la première division et donc les gamètes,
pourront présenter, dans l’exemple choisi, 4 génotypes différents
correspondant à 4 types de combinaisons d'allèles en proportions
identiques puisque ne dépendant que de la ségrégation
au hasard des chromosomes. (schéma 3).

Ce
premier mécanisme de brassage interchromosomique lié à
la ségrégation indépendante des chromosomes s'accompagne
d'un autre mécanisme assurant un brassage intrachromosomique.
La
méiose et le brassage intrachromosomique
Lors
de la prophase I de la méiose, lorsque se forment les bivalents,
les quatre chromatides de chaque bivalent (« tétrades »)
sont étroitement accolées et entremêlées. Il
peut alors se produire des échanges de segments homologues entre
elles, au niveau de chiasmas, conduisant à la formation de chromatides
portant une combinaison d’allèles différente de celle des
chromosomes des parents (schéma 4).

La
fréquence de ces échanges (appelés aussi « crossing-over
») dépend de la position des locus sur le chromosome : plus
ils sont éloignés, plus la probabilité d’échanges
est importante. Le schéma 4 montre que si l’on tient compte de ce
brassage intrachromosomique, ce n’est plus quatre, mais huit types de gamètes
différents qui peuvent se former.
Conclusion
La
méiose assure donc le brassage génétique par un double
mécanisme : un brassage interchromosomique lors de la ségrégation
indépendante des chromosomes et un brassage intrachromosomique réalisé
par les crossing-over. Au cours de ce brassage, les allèles venant
des parents sont redistribués conduisant à de nouvelles combinaisons
alléliques dans les gamètes. En outre, lors de la fécondation,
la rencontre au hasard des parents, et donc celle des gamètes, constitue
un facteur supplémentaire de brassage de l'information génétique.
Partie 2 (7 points)
Sujet
Mécanismes de l'immunité
L'efficacité
de la réponse immunitaire à médiation humorale implique
la reconnaissance d'antigènes variés.
En
vous appuyant sur les informations issues du document 1, complétées
par vos connaissances et en vous aidant de schémas, expliquez la
capacité du système immunitaire à réagir spécifiquement
vis à vis d'un de ces antigènes (les mécanismes de
coopération cellulaire ne sont pas attendus).
accès au sujet complet
Avant de commencer
Le
point important est la notion de réaction spécifique. Il
faut donc exploiter le document pour montrer qu'il existe des clones de
cellules immunocompétentes spécifiques et compléter
par ses connaissances pour en expliquer les mécanismes.
Introduction
Une
des caractéristiques du système immunitaire est sa capacité
à réagir spécifiquement à des antigènes,
notamment par la production d'anticorps dirigés spécifiquement
contre les antigènes. Les réactions immunitaires productrices
d'anticorps sont liées aux lymphocytes B. Par l'exploitation du
document 1, nous montrerons dans un premier temps que la capacité
de réaction spécifique à un antigène est liée
aux capacités de reconnaissance de certains lymphocytes avant d'en
expliquer les mécanismes dans un second temps.
Document
1
Au
temps t0, la souris A reçoit une injection d'un mélange
d'antigènes comportant des antigènes de Salmonelle avant
que ses lymphocytes soient prélevés. Au temps t1,
le passage des lymphocytes sur la colonne arrête les lymphocytes
exprimant un récepteur membranaire capable de se lier aux antigènes
de Salmonelle puisqu'ils se lient à ceux fixés aux billes
de latex. Les lymphocytes récupérés représentent
donc l'ensemble des clones lymphocytaires à l'exception de ceux
qui expriment ce récepteur. Après irradiation, le système
immunitaire détruit de la souris A est remplacé par les lymphocytes
précédemment récupérés. La souris est
alors capable de produire des anticorps contre tout antigène à
l'exception de l'antigène de Salmonelle ce qui confirme que son
système immunitaire ne comporte plus le clone de lymphocytes spécifique.
En revanche, la souris témoin B dont tous les lymphocytes sont présents
produit tous les types d'anticorps. Ceci montre qu'il existe préalablement
au contact avec un antigène des clones de lymphocytes munis de récepteurs
spécifiques. Lorsqu'un clone est éliminé artificiellement,
le système immunitaire devient incapable de produire les anticorps
correspondants (anticorps monoclonaux).
Mécanismes
moléculaires
La
production d'anticorps est réalisée par des plasmocytes issus
de la stimulation d'un clone de lymphocytes B (LB). Les anticorps sont
des molécules qui neutralisent les antigènes en s'y liant
spécifiquement par leur partie variable. Ils ont une structure similaire
à celle des anticorps membranaires, appelés récepteurs
B, qui caractérisent les LB (schéma ci-dessous).

Les
récepteurs B des différents clones diffèrent par la
partie variable de la molécule, celle qui constitue le site de reconnaissance
de l'antigène. Les LB capables de reconnaître l'antigène
de Salmonelle, par exemple, ne reconnaissent pas les autres antigènes
et donneront naissance à un clone de plasmocytes produisant des
anticorps anti-Salmonelle (schéma 2).
Conclusion
La
capacité du système immunitaire à réagir spécifiquement
à un antigène déterminé est liée à
la capacité de reconnaissance spécifique exprimée
par des molécules comme les anticorps, qu'il s'agisse de récepteurs
membranaires ou d'anticorps circulants.
Partie 3 (enseignement obligatoire, 5 points)
Sujet
Histoire et évolution de la terre et des êtres vivants
Modifications paléontologiques et coupures géologiques
Les
coupes du Crétacé-Paléocène de la côte
basque française (Bidart et Loya), montrant des séries de
roches marneuses et calcaires, sont considérées comme les
plus complètes en Europe. Ces roches contiennent de nombreux fossiles
de taille inférieure à 50 micromètres, les nannofossiles.
La plupart des nannofossiles font partie du groupe des Coccolithophoridés.
Par
la confrontation des documents 1 à 4, discutez la pertinence des
informations apportées par ces fossiles pour établir une
limite géologique.
accès au sujet complet
Avant de commencer
Utiliser
les documents 3 et 4 pour exposer les caractéristiques des Coccolithophoridés
qui en font de bons fossiles stratigraphiques et les documents 1 et 2 pour
justifier l'utilisation des Coccolithophoridés dans l'établissement
de la limite Crétacé-Paléocène.
Introduction
Les
microorganismes fossiles constituent de bons fossiles stratigraphiques
quand ils sont abondants, présentent une vaste aire de répartition
et quand les espèces ont une extension limitée dans le temps.
Dans ces conditions, ils peuvent être utilisés pour établir
des limites géologiques. Est-ce le cas des nannofossiles comme les
Coccolithophoridés de la côte basque ?
Les
Coccolithophoridés, des fossiles stratigraphiques ?
Le
document 3 présente les Coccolithophoridés. Il s'agit d'algues
unicellulaires d'une dizaine de micromètres de diamètre.
Elles appartiennent au phytoplancton marin et sont donc transportées
passivement par les courants. Il s'agit donc d'organismes qui occupent
de vastes aires de répartition. À leur mort, les plaques
calcaires dont elles sont couvertes peuvent s'accumuler au fond de la mer
en épaisses formations sédimentaires dans lesquelles on retrouve
les traces fossiles des coccolithes. Toutefois, le document 4 montre que
les courants peuvent transporter les sédiments côtiers depuis
le plateau continental jusqu'au pied du talus continental. Les Coccolithophoridés
ne font donc pas de bons fossiles de faciès. Les dépôts
de coccolithes constituent des roches calcaires, comme la craie, dans lesquelles
la succession des espèces est enregistrée. Le document 1
montre de plus que les espèces de Coccolithophoridés présentées
ont une extension dans le temps limité. L'ensemble de ces caractères
font des fossiles de ces organismes de bons fossiles stratigraphiques.
L'établissement
d'une limite géologique
La
colonne stratigraphique de la série de Bidart présentée
au document 2 montre que la limite Crétacé-Paléocène,
qui marque la transition entre l'ère secondaire et l'ère
tertiaire, est caractérisée par une modification de la sédimentation.
Le dernier étage du Crétacé, le Maastrichtien, est
caractérisé par des marnes puis par une abondante sédimentation
de plateforme, marno-calcaire. Brusquement, elle est suivie d'un fin dépôt
d'argile marquant l'arrêt de la sédimentation calcaire, donc
une chute du nombre de microorganismes calcaires. Dès le début
du Danien, des conditions nouvelles se traduisent de nouveau par une sédimentation
marno-calcaire. Aux transitions des couches géologiques sont également
associées des variations du niveau de la mer et donc des modifications
climatiques. Elles peuvent être également corrélées
à la disparition d'espèces vivantes, notamment les nannofossiles
comme les Coccolithophoridés, justifiant leur utilisation pour compléter
les données lithologiques dans l'établissement d'une limite
géologique. Le document 1 montre en effet que de nombreuses espèces
disparaissent simultanément des traces fossiles à la fin
du Maastrichtien, il y a 65 Ma et que quelques espèces restent présentes
au Danien et donnent naissance à des espèces nouvelles. La
disparition simultanée d'un grand nombre d'espèces corrélée
au changement de sédimentation confirme qu'un changement majeur
s'est produit à cette époque et justifie de la considérer
comme une limite géologique.
Conclusion
Les
limites des couches géologiques sont établies sur des critères
lithologiques et paléontologiques (modification de la sédimentation,
disparition et apparition d'espèces) qui marquent des coupures de
l'histoire géologique. Les traces fossiles laissées par des
organismes planctoniques à vaste aire de répartition comme
les Coccolithophoridés permettent en outre une datation relative
précise sur une vaste surface.
Partie 3 (enseignement de spécialité, 5 points)
Sujet
Les roches, produits et témoins du temps
À
partir de l'exploitation rigoureuse des documents fournis, établissez
la chronologie des événements géologiques qui ont
affecté la région de Guebwiller à partir du Trias.
accès au sujet complet
Avant
de commencer
Application
des principes régissant les relations géométriques
entre les roches. Érosion et sédimentation, transgressions
et régressions, failles formant un fossé d'effondrement.
Utiliser le document 3 pour dater les événements.
Introduction
Le
champ de fractures de Guebwiller se situe dans le fossé rhénan,
fossé d'effondrement marqué par de nombreuses failles séparant
les Vosges et les collines sous vosgiennes à l'ouest, de la plaine
rhénane à l'est.
La
coupe du document 1 montre que la plaine rhénane est bordée
par une famille de failles normales dont les rejets vont de quelques dizaines
à quelques centaines de mètres. Le rejet cumulé des
failles mesuré sur la coupe correspond à environ 1 000 m
et la disposition des compartiments atteste d'une tectonique en extension
qui a joué plusieurs fois entre le Trias et l'Oligocène.
Les dépôts sédimentaires du Trias débutent au
Buntsandstein il y a 235 Ma. Il s'agit de dépôts côtiers
(grès et conglomérats) et de dépôts continentaux.
Le passage à une sédimentation marine au Muschelkalk témoigne
d'une avancée de la mer. Après une lacune de sédimentation
au Keuper et au Lias, le Jurassique moyen ou Dogger, il y a environ 165
Ma, est de nouveau marqué par une sédimentation marine avant
une longue lacune de sédimentation de 130 millions d'années
jusqu'à l'Oligocène inférieur. L'effondrement du fossé
s'accentue à l'Oligocène comme le montrent les conglomérats
comportant successivement des galets provenant de terrains secondaires
de plus en plus anciens. La mer envahit de nouveau le fossé à
l'Oligocène moyen il y a quelque 35 Ma comme le montrent les marnes
grises et les fossiles marins mais en disparaît à la fin de
cette période, il y a 25 Ma. Le Miocène et le Pliocène
manquent (lacune de sédimentation) et c'est une sédimentation
continentale qui s'installe au Quaternaire avec d'abord des alluvions anciennes
et récentes (crues du Rhin qui occupe le fond du fossé),
à travers lesquelles a joué de nouveau une faille, puis du
lœss (dépôts argileux éoliens continentaux) le Rhin
ayant creusé son lit.
Conclusion
Le
fossé rhénan a été marqué par une activité
tectonique extensive à l'origine de failles conduisant à
un fossé d'effondrement envahi par la mer à différentes
reprises. Son activité tectonique s'est encore manifestée
au Quaternaire.